Les investissements privés sont encore mal compris

Par La rédaction | 18 mars 2026 | Dernière mise à jour le 17 mars 2026
3 minutes de lecture
Une main tient une loupe qui grossit un signe attention.
erhui1979 / iStock

Comme tout produit, il est essentiel de bien comprendre les investissements privés avant d’y placer de l’argent. Pour cela, une étude de Morningstar recommande de ne pas adhérer aux mythes courants concernant leurs rendements et leur corrélation avec les fonds publics.

Avant de se lancer dans les investissements privés et les actifs dits semi-liquides, tels que le private equity, le crédit privé, le capital-risque, l’immobilier et d’autres véhicules alternatifs, il est essentiel de bien informer leurs clients, selon l’étude reprise par Financial Planning.

Parmi les bases, ces produits nécessiteraient notamment des horizons d’investissement d’au moins sept à dix ans, ainsi qu’une analyse attentive des affirmations des gestionnaires selon lesquelles des rendements plus élevés compenseraient leurs frais plus importants.

LA DIVERSIFICATION : UNE FAUSSE PROMESSE ?

Malgré certains arguments marketing, et des promesses de rendements potentiellement plus élevés et de diversification qui sont évidemment alléchantes dans un contexte où le nombre d’entreprises cotées diminue, les auteurs du rapport invitent les investisseurs à la prudence

Selon l’étude, les fonds de private equity, par exemple, apportent une diversification qui est « difficile à quantifier et probablement surestimée au premier abord ». Les fonds semi-liquides comporteraient ainsi souvent des risques similaires à ceux des actions ou du crédit traditionnels et devraient donc être considérés comme un élargissement de l’univers d’investissement en actions ou en crédit, plutôt que comme une nouvelle source de diversification.

AUTRES POINTS À PRENDRE EN COMPTE

Plusieurs gestionnaires alternatifs se tournent vers les investisseurs particuliers, car ils éprouvent des difficultés à lever des capitaux auprès d’investisseurs institutionnels.

Un autre point important est que la structure de certains produits prévoit que les rendements soient versés d’abord aux plus gros actionnaires avant les autres clients.

Pour ces raisons, entre autres, Kevin Thompson, fondateur de 9I Capital Group à Fort Worth, confie au Financial Planning que, selon lui, les investisseurs moyens feraient mieux de s’en tenir aux fonds indiciels.

QU’EN EST-IL DE LA PRIME D’ILLIQUIDITÉ ?

Pour justifier leur manque de liquidité, les placements privés doivent générer des rendements supérieurs à ceux des marchés publics, selon le rapport de Morningstar. Une enquête d’investisseurs citée dans le rapport évalue que cet écart devrait être d’au moins 2 % pour compenser l’illiquidité.

Or, plusieurs facteurs réduisent cet avantage potentiel :

  • les frais sont élevés ;
  • certains produits facturent aussi des commissions de performance et parfois une deuxième couche de frais lorsqu’ils investissent dans d’autres fonds ;
  • ces coûts rendent les rendements nets plus difficiles à évaluer.

Par ailleurs, les rendements du capital-investissement ont tendance à évoluer de façon similaire aux marchés boursiers, surtout lors des périodes de fortes turbulences.

En résumé, payer des frais plus élevés ne garantit pas de meilleurs résultats. D’autant plus que les actifs privés ne sont pas nécessairement moins volatils : leurs valorisations sont simplement mises à jour moins fréquemment, ce qui peut donner une impression de stabilité.

DES RÈGLES À RESPECTER

Pour finir, trois éléments limitent la place que ces actifs peuvent occuper dans un portefeuille :

  • leur illiquidité ;
  • les contraintes de rééquilibrage ;
  • et leurs frais élevés.

Les auteurs du rapport proposent donc plusieurs règles pour évaluer les investissements semi-liquides en tirer pleinement parti :

  • adopter un horizon d’investissement long et faire preuve de patience ;
  • obtenir une prime de rendement suffisante pour compenser la complexité et l’illiquidité ;
  • posséder une réelle capacité à sélectionner les bons gestionnaires.

Ils suggèrent également quatre étapes clés pour construire un portefeuille :

  • définir les attentes en matière de risque et de rendement,
  • assurer l’alignement entre structure du fonds, actifs et investisseurs,
  • dimensionner l’exposition,
  • et construire le portefeuille dans son ensemble.

Peggy Haslach, responsable du bureau de Planning for Good à Tukwila, rappelle qu’avant de se tourner vers les nouveaux produits ou les produits populaires pour tenter de résoudre les problèmes de leurs clients, les conseillers ont pour devoir de respecter le profil de leurs clients. Et comme ces derniers sont souvent très sensibles aux frais, les actifs semi-liquides, qui ont souvent des frais particulièrement élevés, ne sont peut-être pas les bons produits à leur conseiller.

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La rédaction