Fonds de couverture : des joueurs incontournables

Par La rédaction | 20 mars 2026 | Dernière mise à jour le 19 mars 2026
4 minutes de lecture
Tableau de bord interactif affichant graphiques, jauges et données financières sur fond sombre.
peshkov / iStock

Les fonds de couverture sont devenus des joueurs incontournables sur le marché des obligations du gouvernement du Canada et pourtant, leurs stratégies de négociation demeurent largement méconnues.

Dans un compte-rendu de recherche, la Banque du Canada tente de combler cette lacune en dressant, pour la première fois, un portrait détaillé et quantifié des pratiques de ces acteurs financiers aux activités peu réglementées.

Selon son analyse, ces investisseurs spécialisés acquièrent entre 40 % et 50 % des nouvelles obligations émises par le gouvernement fédéral. Ils sont également très présents sur les marchés secondaires, où leurs transactions représentent environ le tiers de l’ensemble des opérations entre courtiers en obligations canadiens et leurs clients non-courtiers.

UN SECTEUR OPAQUE, MAIS IMPORTANT

Ce qui distingue les fonds de couverture des autres gestionnaires d’actifs, comme les fonds communs de placement, c’est leur recours massif à l’effet de levier. Pour maximiser leurs rendements, ces fonds empruntent des sommes considérables, ce qui amplifie autant leurs gains potentiels que leurs pertes. Une légère variation de prix peut ainsi se transformer en une perte substantielle. Pire encore, si plusieurs fonds devaient liquider leurs positions simultanément, les effets sur l’ensemble du marché obligataire pourraient être déstabilisateurs.

Malgré leur poids croissant, ces entités échappent en grande partie à la réglementation et sont nettement moins transparentes que les investisseurs institutionnels traditionnels. C’est précisément pour cette raison que le personnel de la Banque du Canada leur porte une attention soutenue depuis quelques années.

QUATRE STRATÉGIES IDENTIFIÉES

Contrairement aux gestionnaires d’actifs traditionnels, les fonds de couverture cherchent généralement à générer des rendements indépendants des grandes tendances des marchés financiers. Pour y parvenir, ils mettent en œuvre des stratégies de négociation complexes visant à exploiter de faibles écarts de prix entre différents titres ou instruments financiers.

L’étude identifie quatre grandes catégories de stratégies utilisées dans les transactions portant sur les obligations fédérales canadiennes.

La première consiste à prendre des positions sur la courbe des taux, par exemple en négociant des obligations à différentes échéances, comme celles de deux ans et de dix ans, afin de profiter des variations dans la forme de la courbe des taux.

La deuxième stratégie est l’arbitrage de valeur relative. Dans ce cas, les fonds comparent deux obligations du gouvernement du Canada présentant des caractéristiques similaires, comme deux titres à dix ans arrivant à échéance à quelques mois d’intervalle, et misent sur la convergence de leurs prix.

Une troisième approche repose sur les écarts de crédit. Les investisseurs opposent alors des obligations fédérales à celles d’autres émetteurs — provinces, municipalités ou entreprises — pour tirer profit des variations relatives entre ces titres.

Enfin, une quatrième catégorie regroupe les autres opérations, notamment les stratégies utilisant des contrats à terme sur obligations, des swaps de taux d’intérêt ou encore des titres étrangers comparables, comme les obligations du Trésor américain.

La répartition de ces stratégies est relativement équilibrée : ces autres opérations représentent un peu moins de 36 % du volume total, l’arbitrage de valeur relative près de 32 %, les positions sur la courbe des taux environ 20 %, et les opérations sur écart de crédit, 12 %.

UNE CONCENTRATION QUI INQUIÈTE

L’étude révèle également une forte concentration des activités entre un nombre restreint de sociétés. Pour les stratégies d’arbitrage de valeur relative et de positions sur la courbe des taux, les cinq plus grandes sociétés génèrent près de 70 % du volume de négociation. Pour les deux autres stratégies, leur part dépasse tout de même 50 %. Au total, une cinquantaine de sociétés gérant des fonds de couverture sont actives sur le marché obligataire canadien, la grande majorité étant établie à l’extérieur du pays.

Cette concentration soulève des préoccupations. Si une ou deux de ces grandes sociétés devaient liquider rapidement leurs positions, en cas de crise de liquidité, par exemple, le marché pourrait être incapable d’absorber le choc. Par ailleurs, le fait que de nombreux fonds partagent une exposition commune à une même stratégie accroît le risque que des tensions simultanées frappent plusieurs acteurs à la fois.

VERS UNE MEILLEURE SURVEILLANCE

Malgré ces risques, la Banque du Canada souligne que les activités des fonds de couverture contribuent généralement à améliorer l’efficience et la liquidité du marché obligataire.

En multipliant les transactions et en arbitrant les écarts de prix, ces investisseurs facilitent la formation des prix et permettent aux marchés de fonctionner plus efficacement.

Cependant, leur utilisation intensive du levier financier et la concentration de leurs activités justifient une surveillance attentive. Les travaux récents de la Banque visent justement à mieux comprendre leurs stratégies et leurs expositions aux risques afin de détecter plus rapidement les vulnérabilités potentielles du système financier.

Selon les auteurs de l’étude, ces analyses permettent d’alimenter les discussions entre autorités financières et participants au marché et contribuent à renforcer la surveillance des risques sur un marché jugé essentiel pour le financement de l’État et le bon fonctionnement de l’économie canadienne.

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La rédaction