L’ACEUM : crucial pour le Canada, moins pour les États-Unis

Par James Langton | 5 mars 2026 | Dernière mise à jour le 4 mars 2026
3 minutes de lecture
Trois conteneurs maritimes suspendus par des chaînes, décorés des drapeaux du Canada, des États-Unis et du Mexique, symbolisant le commerce international et les relations économiques entre l’Amérique du Nord.
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L’économie américaine ressentirait à peine les effets si l’examen prévu de l’accord commercial nord-américain, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), échouait. Le Canada, en revanche, serait durement touché et pourrait même faire face à une récession l’an prochain si l’accord venait à disparaître, selon Desjardins.

Dans un rapport récent, les économistes de l’institution analysent les conséquences possibles du prochain examen de l’ACEUM, dont le lancement est prévu le 1er juillet. Leur scénario de base prévoit le renouvellement de l’accord commercial et le maintien des exemptions qu’il prévoit à l’égard de divers droits de douane. Le rapport examine toutefois aussi plusieurs scénarios plus défavorables.

Dans le scénario défavorable, l’accord commercial ne serait pas renouvelé, mais demeurerait en vigueur pendant dix ans, sous réserve d’examens annuels. Les exemptions tarifaires liées à l’ACEUM seraient toutefois abolies à compter de 2027.

Dans le scénario défavorable « grave », les États-Unis se retireraient complètement de l’accord, ce qui laisserait le Canada confronté à des droits de douane de 35 % sur la majorité des biens, tandis que le Mexique ferait face à des tarifs de 25 %.

Quel que soit le scénario envisagé, l’économie américaine ne serait pas fortement affectée. En revanche, les scénarios défavorable et défavorable grave « auraient un impact négatif incontestable sur l’économie canadienne », prévient le rapport.

Pour 2026, les répercussions devraient demeurer limitées, précise-t-il, puisqu’un retrait américain n’entrerait en vigueur que le 1er janvier 2027.

« Toutefois, la croissance en 2027 devrait être nettement plus faible dans le scénario défavorable et considérablement plus faible dans le scénario défavorable grave, avertit le rapport. En effet, une récession est probable au cours du premier semestre de 2027 dans le scénario défavorable grave, suivie d’une reprise modeste. »

À plus long terme, la croissance du produit intérieur brut réel serait durablement affaiblie dans les scénarios défavorables. Les marchés du travail subiraient également des effets négatifs, avec une progression plus lente de l’emploi et une hausse du chômage.

Cette faiblesse contribuerait aussi à atténuer les pressions inflationnistes, ajoute le rapport, bien que cet effet puisse être compensé par un affaiblissement du dollar canadien entraînant une hausse des prix des importations.

Sur le plan de la politique monétaire, les retombées économiques négatives inciteraient probablement la Banque du Canada à abaisser ses taux d’intérêt. Selon le rapport, ceux-ci seraient réduits de 50 points de base au troisième trimestre de cette année dans le scénario défavorable, et de 75 points de base dans le scénario défavorable grave.

Du côté des marchés financiers, « les actifs risqués subiraient probablement des pressions, mais moins que ce que l’on pourrait intuitivement croire », précise le rapport.

« Le secteur financier ressentirait certaines tensions, particulièrement là où l’intégration avec les marchés américains est la plus forte, et les prix de l’énergie pourraient reculer en raison des perspectives d’une demande mondiale plus faible. Toutefois, une hausse de la demande pour les métaux précieux devrait compenser une partie de ces pertes », avance-t-il.

Aux États-Unis, les marchés boursiers devraient rester relativement épargnés. « Toute volatilité serait davantage liée à l’inflation ou à l’appétit mondial pour les actifs américains qu’à une inquiétude concernant la demande intérieure », souligne le rapport.

Sur le plan des politiques économiques, une « issue défavorable grave intensifierait probablement les débats déjà en cours concernant la souveraineté économique, le développement de chaînes d’approvisionnement industrielles nationales et la nécessité de réorienter les chaînes d’approvisionnement d’un axe nord-sud vers un axe est-ouest », ajoute le document.

Toutefois, de tels changements de politique mettront plusieurs années à se concrétiser et pourraient ne pas aboutir.

« Et même si le Canada parvient à éviter le pire scénario, le pays devra tout de même diversifier son économie, miser sur ses forces et améliorer sa productivité ainsi que sa capacité d’innovation. Une chose est claire : atteindre une véritable souveraineté économique exigera un engagement soutenu à long terme », conclut le rapport.

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James Langton

James Langton est journaliste pour Advisor.ca et Investment Executive. Depuis 1994, il fait des reportages sur la réglementation, le droit des valeurs mobilières, l’actualité de l’industrie et plus encore.