Le Canada a toujours besoin de l’ACEUM

Par Kevin Press | 22 avril 2026 | Dernière mise à jour le 21 avril 2026
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Gros plan de tissus représentant les drapeaux du Canada, des États-Unis et du Mexique, illustrant les liens économiques, politiques et commerciaux en Amérique du Nord.
ronniechua / iStock

Le 2 avril marquait le premier anniversaire du « Liberation Day » du président américain Donald Trump. Le décret présidentiel 14257 énonçait une longue liste de droits d’importation, invoquant une situation d’urgence nationale liée au déficit commercial. L’inquiétude était palpable dans les capitales du monde entier, particulièrement à Ottawa.

Un an plus tard, la perturbation provoquée par la politique commerciale de Washington a eu un effet moins spectaculaire que ce que beaucoup avaient anticipé, selon un rapport publié 8 avril dernier par RBC Economics. Le Canada a enregistré, en 2025, une croissance du PIB par habitant pour la première fois en trois ans. L’an dernier a aussi été la première fois depuis 2013 que les investissements directs étrangers au Canada ont dépassé les investissements canadiens à l’étranger.

En l’état actuel des choses, avril 2025 apparaît surtout comme une étude de cas sur l’importance d’une vision à long terme.

« Ce fut un choc commercial important, a commenté en entrevue Nathan Janzen l’un des auteurs du rapport, et économiste en chef adjoint. Mais tout ce que l’administration américaine a menacé de faire n’a pas nécessairement été mis à exécution. »

Les fabricants tributaires de l’acier, de l’aluminium et du cuivre ont bel et bien souffert. Les secteurs de l’automobile et du bois d’œuvre résineux ont eux aussi été durement touchés. À l’échelle régionale, l’Ontario et le Québec ont été les deux provinces les plus affectées.

Malgré cela, dans 22 États américains, le Canada était l’an dernier le principal exportateur de marchandises. À l’échelle nationale, nous arrivions au deuxième rang derrière le Mexique. Et ce, même si, par exemple, les exportations d’acier ont chuté de 30 % en 2025.

« La plupart des exportations canadiennes ont été exemptées, a rapporté Nathan Janzen. Près de 90 % de nos exportations demeurent exemptes de droits. »

Donald Trump a menacé au printemps dernier de déchirer l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) sur le commerce, avant de faire rapidement marche arrière.

Les décideurs canadiens ont choisi de riposter de manière limitée, en ciblant des produits comme le bourbon du Kentucky, ce qui nuisait aux entreprises américaines tout en laissant des solutions de rechange aux consommateurs canadiens. Il est vite apparu qu’une guerre commerciale totale avec les États-Unis aurait été mal avisée.

« Une énorme part du commerce canadien s’inscrit dans une chaîne d’approvisionnement profondément intégrée avec les États-Unis », a souligné Nathan Janzen.

DISCUSSIONS SUR L’ACEUM

Le Canada et les États-Unis ont tenu des discussions préliminaires sur l’ACEUM, qui doit faire l’objet d’un examen conjoint obligatoire tous les six ans. Les trois pays devraient décider cette année d’une prolongation de l’accord, même si La Presse canadienne a rapporté ce mois-ci que le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, ne s’attend pas à ce que les négociations soient conclues d’ici le 1er juillet, date limite à laquelle Washington doit informer Ottawa et Mexico de ses intentions à l’égard du pacte.

Le Canada a besoin d’un accord. Le premier ministre Mark Carney a amorcé le processus visant à diversifier le portefeuille d’accords commerciaux du pays, mais on n’en est encore qu’aux premiers stades. Et il s’agit assurément d’un projet qui s’échelonnera sur des années et exigera des investissements massifs.

« Il faut commencer à construire les infrastructures qui nous permettraient de réorienter une part beaucoup plus importante de nos exportations par, disons, le transport maritime plutôt que par le rail et le camion », a confié Nathan Janzen.

C’est la bonne chose à faire, a-t-il dit, mais « pour une grande partie des exportations canadiennes, nous n’avons pas vraiment d’autre choix que de les vendre aux États-Unis. Le meilleur scénario, du moins dans un avenir prévisible, c’est de commercer avec les États-Unis. C’est le plus grand marché de consommation, juste à côté de chez nous. »

On a évoqué la possibilité d’une reprise des investissements en capital si l’ACEUM était renouvelé. Nathan Janzen se montre moins optimiste quant à un rebond des dépenses en immobilisations.

« Ce serait positif, a-t-il dit. Mais, je ne sais pas si cela changerait énormément les choses. L’investissement des entreprises est assez faible au Canada depuis plus de dix ans déjà. »

Entre-temps, peu de progrès ont été accomplis quant à l’objectif de Donald Trump de rapatrier la production manufacturière aux États-Unis. Les importations en provenance de la Chine ont été remplacées en grande partie par des importations en provenance d’autres pays asiatiques. Selon RBC, les Américains ont acheté 2,7 % de plus de biens importés en 2025 que l’année précédente, sans tenir compte des effets des prix.

Le commerce mondial non plus n’a pas ralenti. Le Bureau néerlandais d’analyse de la politique économique (CPB), un organisme de recherche indépendant, a fait état d’une hausse de 4,4 % du commerce mondial — soit presque le double de la croissance de 2,3 % enregistrée l’année précédente.

Un an plus tard, le « Liberation Day » ressemble moins à un tournant qu’à une mise à l’épreuve. Le choc a été réel, mais l’économie mondiale a tant bien que mal tenu le coup. Le commerce nord-américain demeure solidement enraciné.

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Kevin Press

Kevin Press est directeur éditorial de Advisor.ca. Il est joignable à l’adresse kevin@newcom.ca.