Audrey Turgeon réconcilie chiffres et émotions

Par Sylvie Lemieux | 30 mars 2026 | Dernière mise à jour le 27 mars 2026
4 minutes de lecture
Un photo montage, à gauche, on voit la couverture du livre "Finance consciente Et si l'argent servait enfin tes rêves ?", à droit, on voit l'auteure, Audrey Turgeon.
Crédit Photo: Marjorie Guindon

Parler d’argent ne suffit pas. Pour Audrey Turgeon, fondatrice de l’entreprise Finance consciente, la véritable clé d’une santé financière durable réside dans la compréhension de notre rapport émotionnel à l’argent — une conviction qu’elle développe dans son premier livre, dont la sortie officielle était le 25 mars.

L’ouvrage est l’aboutissement d’un travail de plus d’un an et demi, mené en parallèle de ses autres engagements professionnels. Comptable professionnelle agréée de formation (CPA), elle a fait le saut vers l’entrepreneuriat il y a cinq ans, après avoir travaillé dans le milieu corporatif. Depuis, son entreprise propose un accompagnement en finances personnelles qui s’écarte délibérément des approches traditionnelles.

« Mon côté analytique de comptable et mon intérêt pour l’aspect humain et psychologique du rapport à l’argent, c’est la combinaison qui définit ce que je fais », explique-t-elle.

Ce livre en est le prolongement direct. Il s’adresse autant aux femmes qu’aux hommes, même si les programmes d’accompagnement de Finance consciente ciblent principalement une clientèle féminine.

« Les difficultés liées à la gestion de l’argent ne concernent pas uniquement les femmes », souligne-t-elle.

Ses observations terrain l’ont toutefois convaincue que les femmes font face à des obstacles particuliers. Selon les données qu’elle observe dans son travail, elles sont moins nombreuses à posséder un plan financier et font preuve de moins de confiance en elles lorsqu’il s’agit de gérer ou d’investir leur argent. Cette réalité explique en partie l’importance qu’elle accorde à la création d’espaces d’accompagnement spécialement conçus pour les femmes.

LA TECHNIQUE NE SUFFIT PAS

Dans l’espace public, les discussions sur l’argent portent surtout sur des aspects techniques : placements, rendements, taux d’épargne, budgétisation. Or, selon Audrey Turgeon, ces approches négligent trop souvent la dimension psychologique et émotionnelle.

« Chaque décision financière est influencée par des facteurs plus profonds : habitudes, peurs, croyances, réactions émotionnelles face à l’argent. Ces éléments façonnent les comportements, parfois de manière inconsciente. »

Son livre est donc conçu comme un outil à deux vitesses. Le premier chapitre invite le lecteur à brosser un portrait concret de sa situation financière. Mais Audrey Turgeon est catégorique : connaître les données ne suffit pas. « Pour atteindre ses objectifs, il faut comprendre ce qui se passe derrière nos comportements et nos décisions financières. »

UN CARNET D’INTROSPECTION

L’ouvrage se distingue par son caractère interactif. Des questionnaires et des exercices jalonnent la lecture, invitant le lecteur à réfléchir à ses émotions, ses habitudes et ses croyances limitantes face à l’argent. « J’ai voulu créer quelque chose d’accessible et d’humain, qui s’adresse directement au lecteur. Cette démarche peut être confrontante, parce qu’elle oblige à explorer des aspects de soi parfois jamais examinés. Mais cette prise de conscience est essentielle pour évoluer. »

L’exercice du bilan financier, qui constitue la première étape proposée, est souvent le plus redouté. Confronter ses chiffres, c’est aussi regarder en face certaines décisions dont on n’est pas toujours fier. Audrey Turgeon l’aborde donc avec bienveillance. « Je commence par une étape simple : consulter son compte bancaire et observer ses dépenses récentes. L’objectif, c’est d’avancer à son rythme, sans jugement. »

Une fois ce portrait établi, le livre guide le lecteur vers la clarification de ses objectifs : ce qu’elle appelle le « point B », soit la vie qu’on souhaite construire, par opposition au « point A » qui représente la situation actuelle. Voyager, acheter une maison, fonder une famille — autant de projets qui nécessitent des ressources. Selon Audrey Turgeon, garder ces objectifs en tête devient un puissant moteur de changement. « Quand les gens ont un projet significatif à réaliser, ils sont davantage prêts à modifier leurs comportements financiers. »

UNE CROISSANCE RAPIDE

En cinq ans, Audrey Turgeon a accompagné environ 1 500 clients dans le cadre de deux programmes structurés :

  • Liberté financière,
  • et Ascension financière, un programme plus avancé abordant notamment les investissements et les assurances.

Un groupe Facebook ouvert au public rassemble quant à lui près de 15 000 personnes, qui partagent leurs défis financiers dans un espace qui se veut bienveillant.

L’équipe de l’entreprise compte désormais une dizaine de collaborateurs, dont une conseillère en sécurité financière et plusieurs coachs spécialisés en motivation. « La demande a augmenté rapidement, et ça m’a moi-même surprise. Je crois que l’approche centrée sur l’humain répond à un besoin réel. »

Son propre parcours illustre ce qu’elle enseigne. Avant de lancer son entreprise, elle a consacré deux ans à la réflexion, puis constitué une réserve financière avant de quitter son emploi stable. « Cette préparation m’a donné la marge de manœuvre pour me concentrer sur le développement de l’entreprise, sans pression immédiate. Cinq ans plus tard, c’est l’une des meilleures décisions de ma vie. »

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.