L’élan se maintient pour le pétrole canadien

Par Nicolas Ritoux | 14 avril 2026 | Dernière mise à jour le 14 avril 2026
4 minutes de lecture
Oléoduc au coucher du soleil.
bjdlzx / iStock

Le secteur canadien de l’énergie possède des actifs de qualité supérieure et jouit d’une stabilité géopolitique qui se fait rare ailleurs dans le monde, souligne Daniel Greenspan, analyste principal et gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

Sa performance impressionnante depuis le début de l’année, incluant des appréciations de 40 à 50 % pour les producteurs en amont et de 15 à 20 % pour les pipelines et autres intermédiaires, s’explique en grande partie par la hausse des prix du pétrole, d’environ 65 à 100 $ US du baril dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.  

La question est de savoir si ces performances sont temporaires, liées au contexte géopolitique actuel, ou si elles vont perdurer. Daniel Greenspan penche pour la seconde hypothèse.

Il estime que les prix du pétrole devraient demeurer élevés, même si le conflit venait à prendre fin, compte tenu des dommages aux installations, dont la remise en état devrait prendre plusieurs années. En outre, le fait de bloquer du jour au lendemain 20 % de l’approvisionnement mondial de pétrole démontre un fort potentiel de volatilité qui va marquer les esprits et se traduire par une prime à long terme.  

Par ailleurs, les producteurs pétroliers les plus disciplinés sur le plan financier, notamment ceux établis dans des juridictions stables comme le Canada, devraient être avantagés. Leur prévisibilité accrue est appelée à être valorisée par le marché, leur permettant ainsi d’augmenter les dividendes versés aux actionnaires. L’expert note d’ailleurs qu’au cours de 2025, même si les prix du pétrole ont perdu 20 %, les actions des pétrolières canadiennes ont gagné 8 %, ce qui reflète leurs qualités opérationnelles.  

« Les producteurs canadiens disposent d’actifs de qualité, qui se déprécient plus lentement et engendrent des coûts moindres, le tout dans un environnement géopolitique stable. Combinés à une gestion axée sur la solidité financière et les intérêts des actionnaires, ces facteurs devraient leur permettre de générer davantage de liquidités excédentaires, qui pourraient être redistribuées sous forme de dividendes ou de rachats d’actions. Autant d’éléments qui renforcent aujourd’hui l’attrait des producteurs canadiens, déjà bien établi avant le conflit au Moyen-Orient », explique Daniel Greenspan. 

En revanche, les producteurs canadiens font encore face à des contraintes au niveau des infrastructures, qui les empêcheront de répondre pleinement à la demande mondiale. En fait, leur production ne devrait pas croître de plus de 3 à 5 % par an, croit l’expert. 

« Les actionnaires des pétrolières apprécient leur rythme de croissance modeste, mais constant. Et de toute façon, les capacités des pipelines canadiens sont limitées ; la majeure partie part aux États-Unis, et les projets de connexions à d’autres continents par voie portuaire ne verront pas le jour avant encore de nombreuses années dans le meilleur des cas. Le Canada ne manque pas de pétrole et de gaz naturel, en fait il en possède les quatrièmes plus grandes réserves au monde après le Vénézuéla, l’Arabie saoudite et l’Iran. Les récentes crises devraient convaincre davantage d’investisseurs de développer les exportations. Il est certain que nos producteurs sont prêts à saisir l’occasion », assure Daniel Greenspan. 

Il s’attarde sur le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) qui offre des perspectives intéressantes au secteur canadien de l’énergie. Le projet LNG Canada, premier du genre au pays, a chargé sa première cargaison en juin 2025. Sa phase initiale permet une production annuelle de 14 millions de tonnes, principalement destinées aux marchés asiatiques, et une seconde phase pourrait en doubler la capacité. D’autres projets comme Cedar LNG et Woodfibre LNG progressent également, tandis que de nouvelles initiatives pourraient voir le jour, surtout alors que 20 % du GNL mondial est coincé derrière le détroit d’Ormuz.  

Parmi ses titres de choix, il mentionne :

  • Cenovus (producteur à large capitalisation),
  • Whitecap (producteur à moyenne capitalisation)
  • et Keyera (fournisseur intermédiaire).

Il garde aussi un œil sur Cameco, la société la mieux positionnée selon lui face à l’essor du nucléaire au Canada. 

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion globale d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicholas Ritoux

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.