Le TSX ne manque pas d’énergie

Par Nicolas Ritoux | 28 avril 2026 | Dernière mise à jour le 27 avril 2026
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Écran de conférence sur l’énergie. Une femme devant une grande télévision, montrant 4 images différentes.
Laurence Dutton / iStock

L’énergie et les matières premières ont historiquement surperformé durant les périodes d’inflation induite par le pétrole, rappelle Tudor Padure, gestionnaire de portefeuille à Gestion globale d’actifs CIBC. 

« Les marchés ont subi une forte volatilité au mois de mars alors que les tensions géopolitiques prenaient le devant de la scène. Les investisseurs ont pris peur de voir le conflit en Iran se prolonger et compromettre la stabilité régionale et les échanges mondiaux de matières premières », résume Tudor Padure.

 « Alors que les prix du brut américain WTI bondissaient de plus de 40 %, les prix du brut canadien WCS ont rattrapé leur différence jusqu’à la réduire à un seul chiffre pour la première fois depuis presque un an. Les producteurs canadiens profitent en quelque sorte d’une prime géopolitique qui devrait perdurer même après la fin du conflit », affirme-t-il. 

De fait, les actions des sociétés canadiennes d’exploration et de production ont pris 11 % au mois de mars, pour atteindre 25 % depuis le début de l’année.  

Malgré plusieurs tentatives de contenir la hausse, comme lorsque l’Agence internationale de l’énergie a libéré 400 millions de barils de sa réserve stratégique, ou quand les États-Unis ont levé temporairement leurs sanctions sur le pétrole russe, les prix du pétrole demeurent élevés. 

« Même si l’on voit pointer le spectre de la stagflation, soit un mélange de faible croissance et de forte inflation qu’on n’avait pas vu depuis les chocs pétroliers des années 70, le marché d’actions canadien devrait surperformer par rapport aux marchés américains étant donné sa surpondération en énergie et matières premières. Celles-ci ont surperformé au cours des périodes précédentes d’inflation induite par le pétrole, comme de 1972 à 1974 et de 1977 à 1980. La différence aujourd’hui, c’est que l’économie est moins dépendante du pétrole sous l’effet des gains d’efficacité énergétique et des sources d’énergie renouvelable. Les consommateurs sont donc moins vulnérables qu’à l’époque aux chocs pétroliers », note Tudor Padure.  

Étonnamment, l’or a reculé d’environ 10 % depuis le début du conflit, malgré sa réputation traditionnelle de valeur refuge. Selon l’expert, la forte hausse observée auparavant s’expliquait en partie par l’anticipation de cet événement. Depuis le 1er janvier, le métal jaune affiche toutefois un gain d’environ 10 %, soutenu par les achats des banques centrales et les pressions inflationnistes.

De leur côté, les actions aurifères canadiennes ont été durement touchées par le conflit, avant de connaître un léger rebond. Elles demeurent néanmoins en baisse marquée depuis le 1er mars. L’expert en a profité pour renforcer ses positions, y voyant un schéma déjà observé lors de précédents chocs, notamment :

  • les crises pétrolières,
  • l’éclatement de la bulle technologique,
  • la crise financière mondiale
  • ou encore l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Le phénomène est alimenté par une fuite initiale vers le dollar américain, qui est inversement corrélé à l’or puisqu’il en accroît le coût d’acquisition. Mais à mesure que la crise s’atténue, on voit se multiplier les mesures de relance financées par la dette, qui exercent une pression à la baisse sur le dollar. Il se peut que nous assistions au même scénario actuellement », analyse Tudor Padure.  

Les sociétés minières aurifères subissent par ailleurs les effets de la hausse des prix du pétrole, qui se répercute directement sur leurs coûts d’exploitation. Chaque augmentation de 10 % du prix du baril entraîne une hausse des coûts d’environ 1 % à 2 %, selon la mine et sa localisation. Dans ce contexte, la progression de plus de 75 % du baril depuis le début de l’année pourrait se traduire par une hausse des coûts pouvant atteindre 16 % si les prix se maintiennent en 2026.

« Nous sommes donc optimistes pour les actions aurifères canadiennes et considérons leur récente correction comme une excellente occasion d’achat, d’autant plus que ces sociétés ont de solides états financiers et rendent régulièrement du capital aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions », dit Tudor Padure. 

L’expert s’attarde également sur le marché du crédit privé, qui offre de belles occasions malgré les manchettes négatives dont il a fait l’objet lorsque Blackstone, BlackRock, Cliffwater et Apollo ont annoncé de nouvelles limites de rachat. La canadienne Brookfield est beaucoup moins exposée que ne le sont ces joueurs américains aux risques liés à l’intelligence artificielle (IA), puisqu’elle s’appuie davantage sur des actifs réels comme les infrastructures, l’immobilier et l’énergie renouvelable. 

« Brookfield ne manque pas pour autant les possibilités offertes par l’IA puisqu’elle a récemment lancé une stratégie d’infrastructure IA chiffrée à 10 milliards de dollars, soutenue par des engagements concrets de Nvidia et l’Autorité d’investissement du Koweït. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion globale d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicholas Ritoux

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.