La diversification face à l’incertitude

Par Nicolas Ritoux | 5 mai 2026 | Dernière mise à jour le 4 mai 2026
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Entre les risques géopolitiques, l’inflation et les promesses de l’intelligence artificielle (IA), l’environnement actuel appelle à une approche équilibrée, tant du côté des obligations que des actions, estime Leslie Alba, directrice, solutions de portefeuilles, Gestion d’actifs CIBC.  

Elle rappelle tout d’abord le rôle clé des obligations dans la réduction de la volatilité. Il leur est arrivé d’échouer dans cette fonction, notamment lors du conflit en Iran cette année, ou dans la foulée de la pandémie en 2022 ; des épisodes de forte inflation où la hausse des rendements s’est accompagnée d’une baisse des prix, sur fond de correction des marchés d’actions.

Mais en règle générale, les obligations remplissent bien leur rôle dans les périodes d’incertitude et de récession. Selon elle, il convient de les évaluer sur l’ensemble du cycle économique.

 « Les obligations gouvernementales demeurent la fondation de nos portefeuilles multi-actifs, et leurs rendements se sont nettement améliorés par rapport aux dernières années. Les titres à dix ans avoisinent aujourd’hui 3,5 % au Canada et 4,3 % aux États-Unis, contre des moyennes de 1,7 % et 2 % entre 2012 et 2022. La majeure partie de nos gains obligataires repose désormais sur le revenu plutôt que sur l’appréciation, ce qui est important dans un contexte d’inflation persistante et de politiques monétaires neutres, où il y a peu de chances de voir les taux bouger significativement », rapporte Leslie Alba. 

Au sein de la portion obligataire, l’experte recommande de diversifier entre titres gouvernementaux et instruments alternatifs, qui se comportent différemment en période de turbulence.

Elle-même favorise la surpondération des obligations de sociétés de catégorie investissement, qui offrent des rendements plus élevés en échange d’un risque légèrement accru. 

« Les écarts de rendement des obligations de sociétés sont près de leurs plus bas niveaux depuis la crise financière mondiale, tant au Canada qu’aux États-Unis. Nous ne comptons donc pas sur un élargissement des écarts pour générer des rendements, mais plutôt sur le revenu », explique Leslie Alba. 

Elle donne l’exemple d’un investisseur qui aurait acheté des obligations de sociétés canadiennes au moment où les écarts de rendement étaient à leur plus bas, soit au début 2020. Malgré ce point d’entrée, il aurait tout de même obtenu un rendement annualisé de 3,2 % au 31 décembre 2025. Selon elle, même si des replis peuvent survenir, ces titres ont tendance à se redresser rapidement.

« Il y a aussi le facteur géopolitique. Les écarts de crédit réagissent moins aux événements en tant que tels et plus à leurs conséquences sur la croissance, l’inflation et l’environnement financier. Dans la mesure où nous entrevoyons une résolution progressive du conflit en Iran, nous croyons qu’il est pertinent de s’exposer à des émetteurs de haute qualité », dit Leslie Alba. 

Côté actions, l’experte reconnaît l’omniprésence du thème de l’IA dans la croissance des titres. Elle croit qu’il y aura des gagnants et des perdants, mais la distinction est rendue difficile par l’aspect non linéaire du développement de ces technologies. 

« Notre approche est de diversifier nos actifs liés à l’IA. D’abord entre sous-thématiques, comme l’investissement dans les infrastructures, l’adoption par les entreprises, et les gains de productivité. Ensuite, entre les zones géographiques afin d’éviter les risques réglementaires. Même s’il est évident que les États-Unis ont des avantages structurels et des marchés aux poches profondes, la Chine fait des progrès remarquables tant sur le plan de la technologie que de la capacité de production. Il y a donc de bonnes occasions à saisir en Chine, tout en gardant à l’esprit les risques liés à la géopolitique et à l’interventionnisme étatique », explique Leslie Alba. 

Elle dit percevoir une note d’optimisme sur les marchés d’actions depuis la fin du premier trimestre 2026. Bon nombre d’investisseurs qui avaient été refroidis par l’actualité ont recommencé à accroître leur risque, mais il s’agit d’avancer prudemment, insiste l’experte. 

« Nous croyons à une résolution du conflit à moyen terme, mais les difficultés dans le détroit d’Ormuz ont d’importantes répercussions sur le marché du pétrole et sur l’inflation. Nous privilégions donc les titres à faible volatilité, pour réduire notre risque sans pour autant manquer des gains potentiels. Tout est question de mesure et d’équilibre. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion globale d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicholas Ritoux

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.