Investir dans la défense face au risque géopolitique

Par Nicolas Ritoux | 17 mars 2026 | Dernière mise à jour le 13 mars 2026
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Plusieurs militaires marchant dans une plaine au crépuscule. Dans le ciel, on voit deux hélicoptères.
guvendemir / iStock

Dans un contexte de hausse des dépenses militaires à travers le monde, le secteur de la défense constitue un investissement solide à long terme, estime Nick With-Seidelin, gestionnaire de portefeuille associé à Gestion d’actifs CIBC.

« Les tensions géopolitiques des dernières années ont remis la sécurité nationale au premier plan des priorités des gouvernements. Nous entrons ainsi dans une période de forte croissance des dépenses militaires, qui devraient augmenter de plus de 150 milliards de dollars par année à l’échelle mondiale, principalement sous l’impulsion des pays de l’OTAN », prévoit Nick With-Seidelin.  

« Dans le cas spécifique du Canada, nous nous attendons à une revitalisation marquée du secteur de la défense après une longue période de négligence de la part des politiciens, qui s’en remettaient largement à la protection des États-Unis. Le premier ministre Mark Carney s’est engagé à pousser le budget pour la défense et les infrastructures connexes jusqu’à 5 % du PIB d’ici 2035. Il n’était que de 1,4 % pour l’année 2024, et n’a jamais dépassé 2 % depuis 1990. À titre de comparaison, la dernière fois que le Canada a atteint les 5 % était pendant les années 1950 après la guerre de Corée. » 

L’expert voit en outre « beaucoup de potentiel » dans les transferts technologiques entre le Canada et ses alliés. Il cite pour exemple les rumeurs de collaboration entre Bombardier et Saab pour la fabrication d’avions de chasse.  

DES OPPORTUNITÉS MONDIALES

Les États-Unis demeurent bien sûr un marché très important pour la défense, mais il est aussi très complexe et imprévisible, prévient-il. 

« Le secteur américain de la défense est à un stade plus mature, et contribue en grande partie au déficit du pays qui avoisine les 8 % du PIB. Les annonces changeantes de l’administration Trump compliquent la sélection de titres, mais nous pouvons nous attendre à ce que la prochaine génération de fournisseurs militaires, comme SpaceX, Palantir et Anduril saisissent des parts de marché aux joueurs de longue date, car ils sont perçus comme plus évolués sur le plan technologique et plus agiles en matière de livraison », analyse Nick With-Seidelin.

L’Europe offre de nombreuses occasions d’investissement, selon lui, notamment en raison du conflit en Ukraine qui a forcé les gouvernements à réévaluer leurs budgets à la hausse. Même si un accord de paix avec la Russie peut encore survenir à court terme, les budgets resteront en place, car ils ne relèvent plus d’une philosophie de dépenses discrétionnaires, mais d’une véritable stratégie de résilience nationale. 

« L’un des points clés de la résilience est l’inventaire de munitions. Celui-ci plafonne actuellement à deux ou trois jours parmi les armées européennes alors que la norme de l’OTAN fixe un minimum de 30 jours. Même si la guerre en Ukraine cessait demain, il faudrait environ 13 ans pour ramener les inventaires au niveau conforme », note Nick With-Seidelin. 

« Le Japon aussi s’apprête à accroître massivement ses dépenses militaires, dans un contexte régional délicat entre la Russie, la Corée du Nord, la Chine et Taïwan. Alors qu’historiquement son budget de défense plafonnait à 1 % du PIB, l’élection de la première ministre Takaichi a rendu possible une hausse jusqu’à 3 % ou 3,5 %. Cependant, le vieillissement rapide la population pose un risque fiscal à terme », poursuit l’expert. 

LES ACTIONS CANADIENNES EXPOSÉES À CES TENDANCES

Plusieurs sociétés canadiennes sont bien positionnées pour profiter de cette tendance. Nick With-Seidelin cite tout d’abord CAE, qui offre des solutions de simulation et de formation dans le secteur de l’aviation et tire 45 % de son chiffre d’affaires mondial de la défense.

Si l’entreprise ne capturait que 50 à 100 points de base de la hausse des dépenses militaires annuelles, cela suffirait à doubler la taille de ses activités de défense en quelques années. Par ailleurs, la simulation et la formation sont des composantes essentielles de l’aviation militaire et bénéficient directement des cycles de modernisation des équipements.

L’expert parle aussi de BRP, qui fournit du matériel spécialisé aux forces armées canadiennes, notamment pour ses opérations dans l’Arctique, en plus d’avoir développé une expertise dans les moteurs de drones, un domaine d’innovation prioritaire du secteur de la défense. 

Du côté de l’ingénierie et de la construction, il entrevoit un rôle pour Atkins-Realis, Stantec, and WSP dans des projets allant de l’optimisation des chantiers navals à la revitalisation des bases militaires dans un éventail de zones géographiques.  

Nick With-Seidelin s’attend à voir l’aérospatial gagner de l’ampleur dans la défense, avec la multiplication des appareils sans pilote, et l’envoi prévu de dizaines de milliers de satellites à basse orbite dans les prochaines années. Ils seront notamment utilisés pour la surveillance de zones inhabitées, des frontières, des actifs maritimes, et des infrastructures. 

« Le secteur mondial de la défense présente une opportunité d’investissement générationnelle, alimentée par les tensions géopolitiques et les virages stratégiques des gouvernements d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Les engagements pris par les membres de l’OTAN vont porter les dépenses militaires bien au-delà des niveaux historiques, et dans un éventail d’applications, pour de longues années à venir », conclut-il

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicholas Ritoux

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.