Vivre jusqu’à 97 ans : êtes-vous prêt financièrement ?

Par Sylvie Lemieux | 14 avril 2026 | Dernière mise à jour le 14 avril 2026
5 minutes de lecture
Conseillère discutant avec un couple de personnes âgées, représentant la gestion patrimoniale et le conseil personnalisé.
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Le risque de survivre à ses économies reste l’un des grands défis de la planification financière. Or, les gens sous-estiment encore largement leur espérance de vie, constate Pascal Larivière.

Lorsqu’il réalise des projections, il situe souvent l’âge de décès autour de 95 à 97 ans. « Ça surprend mes clients de 60 ou 65 ans », reconnaît le planificateur financier chez IG Gestion de patrimoine.

Selon lui, cette réaction découle d’une confusion bien répandue : les gens confondent l’espérance de vie actuelle — qui dépasse 80 ans — avec celle qui prévaudra dans 20 ou 30 ans. Or, une personne de 65 ans aujourd’hui bénéficiera très probablement d’avancées médicales supplémentaires. Malgré cela, beaucoup demeurent sceptiques, estimant qu’ils ne vivront pas si longtemps, ou s’interrogeant sur leur qualité de vie à un âge avancé.

Pour le conseiller, cette sous-estimation peut compromettre la solidité d’un plan de retraite. En visant un horizon trop court, les épargnants risquent d’épuiser leurs ressources ou de réduire inutilement leur niveau de vie. « Même à un âge avancé, les besoins financiers restent présents », rappelle-t-il, insistant sur l’importance d’adopter des hypothèses prudentes.

LES RENTES VIAGÈRES : POUR LA STABILITÉ

Pour gérer ce risque, les rentes viagères représentent une option à envisager. Le principe est simple : un particulier transfère un capital à un assureur, qui s’engage en échange à verser un revenu garanti à vie. Pascal Larivière compare ces produits à des certificats de placement garanti (CPG), mais à vie. « Plus la durée est longue, plus le rendement implicite est élevé, en échange d’une immobilisation du capital », résume-t-il.

L’attrait de ces instruments est toutefois conditionnel au contexte des taux d’intérêt. Ils perdent de leur attrait lorsque ceux-ci fléchissent.

Ces produits peuvent être personnalisés :

  • rente conjointe pour les couples,
  • garantie de paiement sur une période minimale — par exemple dix ans — pour éviter qu’un décès prématuré ne pénalise les proches,
  • ou encore indexation pour se protéger contre l’inflation.

Chaque option implique cependant un compromis, généralement une réduction du montant mensuel versé.

En planification de retraite, Pascal Larivière vise à couvrir entre 40 % et 50 % du train de vie avec des revenus stables et prévisibles. Or, les régimes publics — Régime de rentes du Québec (RRQ) et Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) — ne couvrent souvent que 15 % à 20 % du revenu requis. Pour les travailleurs autonomes ou ceux qui ont accumulé leur épargne dans un REER ou des placements personnels, la situation est encore plus précaire : leurs revenus dépendent des marchés financiers et de leur volatilité. « Ça peut devenir stressant », prévient-il.

VOLATILITÉ ET TRANQUILLITÉ D’ESPRIT

Cette dépendance aux marchés a des effets bien concrets. « Une baisse de 5 % sur un portefeuille d’un million de dollars, c’est 50 000 $. Souvent, ça correspond à un projet reporté », souligne Pascal Larivière.

À l’inverse, les revenus garantis offrent une stabilité qui dépasse la seule question du rendement. « C’est aussi une question de tranquillité d’esprit », dit-il. La prévisibilité des entrées d’argent permet de maintenir un niveau de vie constant, même en période de turbulence économique.

Les rentes viagères ne sont toutefois pas adaptées à tous les profils. Pour les personnes disposant d’un capital plus limité, immobiliser une part importante de leur épargne peut nuire à la flexibilité financière.

« Si quelqu’un a moins de 150 000 $ ou 200 000 $, la priorité, c’est souvent de garder de la liquidité », explique le conseiller. À l’inverse, les ménages plus fortunés peuvent intégrer ce type de produit dans une stratégie diversifiée, en y consacrant une portion de leur actif.

ASSURANCE VIE : UNE PERTINENCE VARIABLE

L’assurance vie, souvent perçue comme un outil incontournable, doit aussi être évaluée au cas par cas. Pour les personnes en excellente santé, le coût des primes sur une longue période peut en réduire l’intérêt. Tout dépend de la structure du contrat : certains produits n’accumulent aucune valeur, tandis que d’autres offrent des primes nivelées ou une composante d’épargne.

Dans certains cas, Pascal Larivière recommande même de mettre fin à une police et d’investir les sommes économisées, si les projections démontrent qu’un placement générera un meilleur rendement à long terme.

À l’inverse, des polices à primes garanties et nivelées dans le temps, parfois combinées à une composante d’épargne, peuvent conserver leur pertinence — particulièrement pour les clients ayant maximisé leurs régimes enregistrés (REER, CELI) et qui détiennent des placements non enregistrés, soumis à l’imposition annuelle.

Le planificateur souligne également un usage stratégique propre aux entrepreneurs. Pour ceux qui possèdent une société de gestion avec des liquidités importantes, l’assurance vie peut constituer un outil fiscal efficace pour transférer des fonds aux héritiers. Contrairement à un retrait sous forme de dividendes — soumis à l’impôt —, le capital décès peut être versé par le compte de dividendes en capital, ce qui réduit sensiblement l’impact fiscal.

L’HÉRITAGE : ENTRE INTENTIONS ET RÉALITÉ

Plusieurs clients affirment ne pas vouloir laisser un héritage trop important, préférant aider leurs enfants de leur vivant. Pourtant, dans la pratique, ces mêmes personnes continuent souvent d’accumuler de la richesse. « Même en faisant des dons ponctuels — par exemple 10 000 $ à Noël —, la croissance des placements peut largement compenser ces sorties de fonds », illustre le planificateur financier.

Pour réconcilier ces intentions avec la réalité, il suggère de privilégier des dons liés à des moments significatifs de la vie : l’achat d’une première maison, un mariage, la naissance d’un enfant. Cette approche permet de soutenir les proches de façon ciblée, tout en évitant des effets indésirables, comme la dépendance financière ou la démotivation. Il mentionne aussi la possibilité de structurer ces aides comme des prêts, qui pourront être transformés en dons au moment du règlement de la succession.

LE DÉFI DU DÉCAISSEMENT

Au-delà des outils et des stratégies, Pascal Larivière insiste sur un enjeu psychologique souvent sous-estimé : la difficulté à passer de l’accumulation au décaissement. Les personnes qui ont fait preuve de grande discipline dans leur épargne toute leur vie éprouvent fréquemment un inconfort à l’idée de dépenser leur capital à la retraite.

« Même lorsqu’elles disposent de ressources importantes, ces personnes ont tendance à maintenir un niveau de dépenses modeste, fidèle à leurs habitudes », observe-t-il. Elles hésitent à augmenter significativement leur train de vie, par crainte de manquer d’argent ou par réflexe d’épargne ancré.

Dans ces situations, une part importante du patrimoine ne sera vraisemblablement pas dépensée. Pascal Larivière recommande alors d’optimiser dès maintenant la transmission de ce capital afin de minimiser l’impôt ; puisque des sommes considérables seront léguées, autant s’y préparer stratégiquement.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.