Retraite : ces « risques invisibles » qui peuvent coûter cher

Par Nathalie Savaria | 12 mai 2026 | Dernière mise à jour le 12 mai 2026
5 minutes de lecture
Conseillère discutant avec un couple de personnes âgées, représentant la gestion patrimoniale et le conseil personnalisé.
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Le risque de longévité demeure l’un des angles morts de la planification de retraite, selon Mélanie Beauvais, planificatrice financière chez Bachand Lafleur, groupe conseil.

« Avec les normes de l’Institut de planification financière[1], les projections vont jusqu’à 95-97 ans. Pour la plupart des gens, cet horizon reste difficile à concevoir. Malgré l’amélioration des soins médicaux et de la technologie, ils ont encore du mal à envisager qu’ils pourraient se rendre jusqu’à cet âge-là », constate-t-elle.

Au-delà de la difficulté à se projeter aussi loin, plusieurs confondent le fait de « vivre vieux » avec l’état de santé dans lequel ils vieilliront.

Mme Beauvais propose donc à ses clients des scénarios prudents, afin de s’assurer qu’ils puissent vivre de leurs économies jusqu’à 95 ans, selon les normes de l’Institut. « Même si un client me dit : “Moi, je ne vais pas me rendre jusque-là”, moi, je planifie comme s’il s’y rendait, pour le protéger contre le risque de longévité. »

Elle rappelle également que, peu importe les risques, son objectif premier est de soutenir le style de vie que ses clients recherchent. « Mon rôle est d’accompagner les gens et de leur faire réaliser que, ici, on a peut-être un petit enjeu, un risque invisible. »

UNE RETRAITE EN DEUX TEMPS

Mme Beauvais recommande de distinguer une retraite « active », avec des loisirs et des voyages, d’une retraite « moins active », où le coût de vie peut diminuer. Elle invite toutefois ses clients à la prudence : si les dépenses de loisirs baissent, le budget consacré aux soins médicaux risque quant à lui d’augmenter.

« Très rarement, je vais faire diminuer le coût de vie, explique-t-elle. Il va plutôt y avoir une réallocation des dépenses, des loisirs vers les soins de santé et le maintien à domicile. Beaucoup de gens souhaitent vivre le plus longtemps possible à la maison. […] Ainsi, le budget loisir va devenir celui du maintien à domicile, que ce soit pour l’entretien ménager, la nourriture, etc. »

UNE ANTICIPATION DES RISQUES

À titre de planificatrice financière, son rôle consiste à établir une stratégie de décaissement, à estimer le coût de vie et à anticiper les imprévus. « La modélisation vise à s’assurer de la présence d’un fonds d’urgence pour être capable de faire face à un imprévu soudain. »

Elle recourt aussi à des « tests de sensibilité » (ou stress tests), qui consistent à simuler différents scénarios défavorables. « On diminue le rendement et on mesure l’impact sur le coût de vie et le budget. » L’objectif est d’évaluer la solidité financière du client en cas de choc, par exemple si la valeur des placements chute brusquement et que des retraits importants deviennent nécessaires, et d’identifier les risques.

En ce qui a trait au risque d’une perte d’autonomie, Mme Beauvais l’évalue de deux façons avec ses clients : « D’abord, nous discutons de leur couverture d’assurance santé et de la nécessité de prévoir un coussin. Ensuite, nous essayons d’estimer le budget nécessaire et l’âge auquel nous devrions réviser ces hypothèses. »

La simulation peut inclure un passage en résidence pour aînés (RPA) avec un certain montant pour les soins. « Oui, le coût de vie augmente. Est-ce qu’on peut l’absorber avec la vente de la maison ? », questionne-t-elle.

Mélanie Beauvais refait ensuite des stress tests, notamment pour calculer une marge de manœuvre. Il s’agit alors de déterminer combien il est possible de consacrer chaque année aux soins à partir du patrimoine accumulé. Si un accompagnement devient nécessaire, peut-on, par exemple, conserver la maison tout en en assumant les coûts ?

Elle calcule également des budgets et des coûts de vie maximums, c’est-à-dire ce qu’on peut supporter au total. La différence entre les deux correspond à la portion attribuable à des soins très élevés, par exemple si un conjoint est en RPA et que l’autre conserve la maison, afin d’évaluer si un tel scénario est envisageable.

Enfin, dans les scénarios, il est aussi possible de faire varier l’âge au décès, pour voir jusqu’à quel point l’argent dure, par exemple jusqu’à 96 ans, « pour montrer justement aux gens : si vous vivez un ou deux ans de plus, voici où vous en êtes », dit-elle.

UN PLAN À REVOIR AUX TROIS À CINQ ANS

Pour Mme Beauvais, la planification n’est pas un document figé dans le temps. « Ce plan de retraite, ce plan de décaissement, ce plan financier est basé sur des hypothèses et un contexte donné. Il mérite au moins une révision aux trois à cinq ans. » 

Cette révision sert à comparer le plan à la réalité : quels changements sont survenus, comment y réagir, le plan fonctionne-t-il toujours et quels ajustements s’imposent ? Elle permet aussi de vérifier si de nouveaux programmes, prestations et crédits d’impôt sont accessibles en fonction de l’âge et de la situation.

Selon elle, le suivi ou l’accompagnement est généralement plus fréquent à l’approche de la retraite. En début de carrière, les rencontres servent surtout à valider la tangente ; plus tard, l’attention se déplace vers le décaissement et le plan est révisé plus souvent.

Parfois, en cas d’imprévus, des ajustements sont nécessaires. « Les chocs financiers peuvent être graves et demander des actions ou des liquidités rapidement », avertit-elle.

Et ils peuvent donc nécessiter des choix difficiles :

  • vendre des actifs,
  • réduire le coût de vie ou de reconsidérer des objectifs successoraux.

« Si l’objectif est de léguer un chalet par exemple, il faudra peut-être reconsidérer cette décision », dit-elle.

Des outils de protection peuvent être utiles en cas de coups durs. « Je ne vends pas de produits d’assurance, précise-t-elle, mais je suis capable de lever des drapeaux, de déterminer s’il y a un besoin, de le quantifier et d’en faire la recommandation. » Elle souligne notamment l’utilité d’une assurance invalidité pour les personnes qui approchent de la retraite, ou encore d’une assurance vie pour celles qui souhaitent, par exemple, laisser de l’argent au conjoint survivant.

Dans tous les cas, une fois les besoins établis, elle recommandera ses clients à des experts dans leur domaine.

Finalement, pour Mélanie Beauvais, le « risque invisible » le plus difficile à estimer demeure la longévité : « C’est dur à quantifier, on n’a pas de boule de cristal », reconnaît-elle.

D’où l’importance de faire une planification financière rigoureuse, afin d’évaluer les risques possibles et de prévoir une marge de manœuvre.


[1] Normes d’hypothèses de projection 2026, Institut de planification financière, avril 2026, 30 pages. InstitutPF-NHP.pdf

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Natalie Savaria

Nathalie Savaria

Nathalie Savaria a été rédactrice en chef de magazines dans le domaine de l’immobilier commercial. Elle est aujourd’hui journaliste indépendante.