Une main-d’œuvre entre IA et humains

Par La rédaction | 13 mai 2026 | Dernière mise à jour le 12 mai 2026
5 minutes de lecture
Homme d’affaires et robot se serrant la main. Caractère de robot aider un homme.
Guzaliia Filimonova / iStock

Les chefs d’entreprise canadiens estiment que leur main-d’œuvre future sera constituée à la fois d’humains et d’agents d’intelligence artificielle (IA), révèle un sondage de KPMG. Ce nouveau paradigme change de façon profonde le fonctionnement des entreprises, ainsi que leur processus d’embauche et leur gestion des employés.

L’heure de l’évolution et de la révision a sonné. Selon l’enquête menée auprès de 306 dirigeants d’entreprises canadiennes, seuls 5 % des sondés ne prévoient aucun changement significatif dans les pratiques actuelles de collaboration entre humains et IA.

Dans ce contexte, de plus en plus d’entreprises se tournent vers les systèmes d’IA agentive. Si l’investissement en intelligence artificielle figure désormais parmi les priorités des dirigeants, l’IA agentive, capable de fonctionner de façon autonome avec une supervision humaine minimale, s’impose plus particulièrement comme un levier stratégique pour accroître l’efficacité opérationnelle.

Ainsi, 39 % des répondants estiment que les agents d’IA joueront un rôle de premier plan dans la gestion de projets spécifiques avec les membres humains de l’équipe.

Par ailleurs, si 23 % des répondants affirment que les humains géreront et dirigeront les agents d’IA, une proportion encore plus grande (31 %) affirme qu’il s’agira davantage d’une relation de collaboration.

À noter que 77 % des dirigeants utilisent déjà des agents pour les aider dans des tâches comme le partage des connaissances entre les services et 66 % évolue vers un modèle de main-d’œuvre pleinement intégrée où la collaboration entre humain et IA est bien intégrée.

« Alors que les entreprises accélèrent le déploiement des agents d’IA, nous assistons à un changement générationnel dans la façon dont le travail est effectué. Les dirigeants conçoivent désormais des rôles, des équipes et des processus en supposant qu’humains et agents d’IA collaboreront : les agents sont responsables de la recherche et de la coordination, et les humains se concentrent sur le jugement, la décision et la responsabilité », souligne Stephanie Terrill, associée directrice canadienne, Transformation numérique, KPMG Canada.

En raison de ces changements, les modèles d’exploitation doivent être revus. Plus de la moitié des répondants (59 %) soulignent que le recrutement des talents en début de carrière a déjà changé et 63 % disent de même pour le recrutement des talents expérimentés.

« Nous entrons dans une phase où l’IA ne se contente pas de soutenir le travail en arrière-plan, mais façonne maintenant activement la façon dont les entreprises perçoivent les talents. Cela modifie la façon dont les employeurs évaluent les personnes, en mettant davantage l’accent sur le jugement, la pensée critique et la capacité à évoluer dans des environnements intégrant l’IA », explique Lewis Curley, associé, Ressources humaines et changement organisationnel, KPMG Canada. 

Les dirigeants s’attendent à ce que l’IA finisse même par avoir une incidence sur le processus d’évaluation du personnel. Parmi les évolutions attendues :

  • 39 % des entreprises prévoient d’intégrer les compétences de collaboration avec l’IA dans les évaluations de performance et les descriptions de poste ;
  • 39 % entendent renforcer la valorisation des capacités humaines, comme la pensée critique ou la compréhension contextuelle, face aux tâches désormais prises en charge par l’IA ;
  • et 36 % envisagent de revoir leurs critères de promotion afin de privilégier la maîtrise de l’IA et la capacité à déléguer efficacement aux agents.

Alors que 52 % des répondants s’attendent à ce que l’IA égale le raisonnement humain au cours des trois à cinq prochaines années, les entreprises mettent davantage l’accent sur la pensée créative (46 %), les compétences en résolution de problèmes (44 %) et l’adaptabilité (43 %) lors de l’embauche de talents.

« Cela renforce l’importance des compétences humaines. Selon notre enquête, 65 % des chefs d’entreprise affirment que les capacités sociales et interpersonnelles sont maintenant plus importantes que l’expertise technique, ce qui souligne que la réussite dépendra de la capacité des personnes à combiner efficacement ces atouts avec l’IA », explique Lewis Curley.

UNE IMPLANTATION COMPLEXE

Si l’idée d’une collaboration est bien ancrée, la réalisation dans la réalité est plus complexe.

Le premier écueil auquel font face les entreprises est le manque de résultats mesurables. Si 70 % des entreprises assurent que l’IA apporte une réelle valeur ajoutée, seuls 3 % parviennent à obtenir des résultats mesurables de leurs investissements. Cela est attribué à un déficit de compétences au sein de la main-d’œuvre.

Le deuxième obstacle auquel font face les chefs d’entreprise est l’adoption inégale des agents d’IA au travail. Ainsi, près du tiers des employés (31 %) opposent une résistance à l’adoption de la technologie. Plus de la moitié (51 %) évoquent des préoccupations liées à la confiance et à l’éthique, mais un autre 40 % attribuent cette résistance à des craintes liées à la sécurité de leur emploi ou à un manque de confiance dans leurs compétences et capacités dans le domaine de l’IA.

À la lumière de ces résultats, Lewis Curley estime que les entreprises devraient davantage réfléchir à la façon dont la collaboration entre l’humain et l’IA créera de la valeur au sein de leur entreprise.

« Lorsque les entreprises cherchent à perfectionner leur main-d’œuvre, elles doivent avoir une idée claire de la façon dont leurs employés peuvent utiliser les agents d’IA de manière à avoir un impact significatif sur l’entreprise, développe Lewis Curley. Un employé qualifié peut créer un agent pour automatiser certaines tâches et accomplir le travail plus rapidement, mais si cet agent n’est pas utilisé sur des activités générant des résultats, les entreprises n’obtiendront pas les retombées qu’elles recherchent. »

Les entreprises devraient ainsi préparer leur main-d’œuvre à une nouvelle façon de travailler, notamment via la création d’environnements de bac à sable où le personnel peut s’exercer à utiliser les outils, et l’élaboration de lignes directrices propres à chaque rôle pour mieux travailler ensemble et déléguer plus intelligemment.

« L’enjeu n’est pas la technologie, mais la capacité des équipes à s’en emparer avec confiance et efficacité. Lorsque les gens ne comprennent pas comment travailler avec ces outils ou ne leur font pas confiance, l’adoption stagne, tout comme le rendement du capital investi, assure Lewis Curley. L’IA agentive change notre façon de travailler, et dans ce nouvel environnement, tous les employés deviennent des gestionnaires, responsables de la supervision et de la délégation de tâches aux agents. Les entreprises qui se démarquent investissent autant dans le développement des capacités de gestion de leur main-d’œuvre que dans leurs compétences en IA. La création de valeur passe désormais par la capacité de chacun à déléguer, évaluer et donner une rétroaction efficace. »

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