L’industrie innove, mais la santé financière se détériore

Par James Langton | 7 mai 2026 | Dernière mise à jour le 6 mai 2026
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L’industrie innove, mais la santé financière se détériore
Photo : MicroStockHub / istockphoto

L’innovation numérique promet d’aider les ménages à améliorer leurs finances personnelles. Pourtant, malgré l’adoption croissante des technologies, certains marchés continuent d’afficher une détérioration des indicateurs de santé financière, selon de nouvelles recherches.

Dans un document publié récemment par la Banque des règlements internationaux (BRI), les analystes indiquent que les tendances globales en matière de santé financière sont mitigées, même dans un contexte d’innovation du secteur financier, ce qui souligne l’importance cruciale pour les régulateurs d’atténuer les risques et de favoriser une innovation responsable visant à améliorer les résultats pour les ménages.

Le rapport note que les avancées en fintech, combinées à la disponibilité croissante d’outils d’intelligence artificielle (IA) puissants, ainsi que l’arrivée de nouveaux acteurs, y compris des géants technologiques et d’autres entreprises non traditionnelles, transforment la prestation des services financiers et améliorent l’accès pour des populations historiquement exclues des services financiers traditionnels.

Entre autres, ces facteurs ont :

  • accru l’accès au crédit,
  • amélioré la disponibilité des paiements numériques,
  • renforcé la détection des fraudes
  • et permis une personnalisation accrue des services financiers.

« Une concurrence accrue entre nouveaux fournisseurs et nouveaux produits financiers peut aider les individus à payer, épargner, emprunter, investir et s’assurer de nouvelles façons et à moindre coût, et à prospérer financièrement », indique le rapport.

Dans le même temps, rien ne garantit que les innovations numériques mènent à une amélioration de la santé financière des ménages et des individus, prévient-il. Ainsi, ces innovations peuvent également faciliter la fraude et les arnaques, et un accès accru au crédit ou aux produits d’investissement « peut conduire les emprunteurs à s’endetter excessivement, ou les épargnants à faire des investissements risqués ».

En effet, « les données disponibles suggèrent que, dans au moins certains pays, malgré l’innovation numérique, les résultats en matière de santé financière se sont détériorés ces dernières années », note le document.

Par exemple, si les investisseurs particuliers recourent de plus en plus à des outils d’IA accessibles au grand public pour orienter leurs décisions — ce qui peut en théorie démocratiser l’accès aux conseils —, une utilisation inadéquate de ces technologies comporte aussi « des risques sérieux » pour les investisseurs.

« À l’heure actuelle, l’utilisation d’outils d’IA à des fins d’investissement se fait sans supervision, transparence, ni responsabilité, indique le rapport. Les consommateurs peuvent être induits en erreur par des réponses au ton autoritaire qui peuvent être inexactes et simplement encourager une prise de risque accrue. »

De plus, l’utilisation par l’industrie de techniques d’engagement numérique pour stimuler l’activité pourrait accroître l’exposition des investisseurs à des placements inadaptés et excessivement risqués, précise-t-il.

« Ces techniques ne sont pas toujours utilisées dans l’intérêt du client, mais peuvent plutôt servir à l’inciter à négocier des actifs plus risqués », indique le rapport.

En particulier, la disponibilité croissante de produits d’investissement liés aux cryptomonnaies, y compris les produits négociés en bourse, les dérivés crypto et le trading sur marge, peut exposer les investisseurs à « des pertes substantielles », avertit-il.

Par ailleurs, la transition vers le numérique peut également réduire l’accès aux services financiers traditionnels, note le rapport, car l’utilisation accrue de certains canaux numériques les rend moins rentables pour les institutions financières, ce qui peut nuire aux utilisateurs (et à certains groupes démographiques) moins enclins à utiliser ces services.

« Sans progrès en matière de littératie numérique et sans services largement adoptés par les femmes, les personnes âgées, les ménages à faible revenu et les populations mal desservies, l’adoption accrue des services financiers numériques pourrait entraîner une réduction directe de l’accès pour ces groupes », indique-t-il.

Le rapport souligne qu’il existe un rôle clair pour les régulateurs et les décideurs publics afin d’équilibrer l’innovation et les besoins des consommateurs, notamment en veillant à l’utilisation responsable des nouvelles technologies, en renforçant les cadres de protection des investisseurs et en mettant en œuvre des initiatives visant à améliorer la littératie financière.

Dans le même temps, des interventions politiques plus ciblées pourraient être nécessaires, telles que des mesures pour lutter contre la fraude numérique, encadrer le crédit numérique et promouvoir des pratiques responsables en matière d’investissement de détail.

Les gouvernements peuvent également soutenir la santé financière des ménages « par la création d’infrastructures publiques qui soutiennent leur population et servent les objectifs de politique intérieure » — comme les systèmes d’identité numérique, les cadres de partage de données et les systèmes de paiements rapides — des infrastructures qui « peuvent fournir des bases permettant non seulement d’accéder aux services financiers, mais aussi de les utiliser de manière à améliorer la santé financière ».

« En réduisant les coûts de transaction, en améliorant l’interopérabilité et en permettant un échange de données sécurisé, ces systèmes peuvent soutenir des écosystèmes financiers plus inclusifs et plus efficaces », ajoute le document.

Cependant, même dans ce cas, les résultats positifs ne sont « pas automatiques », conclut la BRI.

« Sans une gouvernance solide, une protection des consommateurs et une conception inclusive, les infrastructures numériques peuvent renforcer les inégalités existantes ou exposer les utilisateurs à de nouveaux risques. »

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James Langton

James Langton est journaliste pour Advisor.ca et Investment Executive. Depuis 1994, il fait des reportages sur la réglementation, le droit des valeurs mobilières, l’actualité de l’industrie et plus encore.