Évitez une diversification excessive – Les mérites d’une approche de placement ciblée.

Par Jordan Benincasa | 20 septembre 2017 | Dernière mise à jour le 15 août 2023
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Évitez une diversification excessive – Les mérites d’une approche de placement ciblée.

Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2008 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF. Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web.


Depuis le temps que nous étudions les investisseurs, nous avons découvert que les meilleurs avaient souvent recours à des approches concentrées à faible taux de rotation. Le plus visible d’entre eux est Warren Buffett, directeur général de la société de portefeuille Berkshire Hathaway (BRK.B/NYSE), qui est arrivé à des résultats extraordinaires en s’en tenant à une stratégie fondée sur la force de ses convictions.

L’approche de bon sens adoptée par M. Buffett dans les placements consiste à acheter des actions de sociétés d’excellente qualité se négociant à leur juste prix et à les conserver à long terme. Un aspect moins bien connu mais tout aussi important de sa philosophie est que les occasions de placements lucratifs ne courent pas les rues, et qu’il est donc important d’être patient, puis d’agir de façon ferme et décisive lorsqu’une occasion se présente.

Toutefois, avoir une politique concentrée ne veut pas dire qu’on doive tout miser sur une poignée d’actions à valeur attrayante: ce type de travail est d’ordinaire mieux géré par les pros. Les gestionnaires financiers qui adhèrent à une approche ciblée du placement – groupe constitué de Tom Stanley, Peter Cundill, Jerry Javasky et autres – passent le plus clair de leur temps à scruter des états financiers, à se tenir au courant des tendances de l’industrie et à discuter avec les gestionnaires, les fournisseurs et les clients de sociétés qui, à leur avis, présentent d’excellentes perspectives à long terme. Il est clair que cette façon d’investir est un travail à plein temps.

Cela ne veut pas dire non plus que les investisseurs devraient tourner le dos aux principes fondamentaux de la diversification. Quand on élabore un portefeuille, l’accent devrait être mis sur la diversification des catégories d’actifs, des secteurs et des zones géographiques. Nous pré- venons depuis longtemps les gens qu’avoir trop d’argent investi dans les fonds d’actions canadiennes, par exemple, appelle une participation excessive aux secteurs des services financiers et des ressources naturelles. Sans diversification adéquate, une baisse de ces secteurs pourrait causer des ravages au rendement d’un portefeuille.

Ce que nous suggérerions plutôt est que les investisseurs suivent une approche ciblée tout en demeurant attentifs à la nécessité de maintenir un certain niveau de diversification. Après tout, ne préféreriez-vous pas avoir un portefeuille constitué d’une courte liste de titres en lesquels vous auriez la plus grande confiance et que vous pourriez conserver peu importe ce que réserve le marché ? Facile à dire, d’autant plus que la complexité est encore plus grande pour ceux qui gèrent des comptes multiples pour eux-mêmes et pour d’autres. Mais en suivant quelques principes simples, les investisseurs peuvent atteindre le fragile équilibre entre la diversification et la concentration.

Rester minimaliste

Nous avons tous entendu le cas du malheureux qui a perdu toutes ses économies sur le marché en misant sur la mauvaise direction d’une transaction ou en spéculant sur une jeune entreprise qui a raté le coche. Il est évident que la diversification peut aider à éviter des catastrophes de ce type. Toutefois, une des erreurs les plus fréquentes dans l’élaboration d’un portefeuille est la diversification excessive. Passé un certain stade, ajouter d’autres fonds à un portefeuille ne fait que créer davantage de comptabilité et de complexité fiscale sans beaucoup accroître le rendement ou atténuer le risque. Lorsqu’on met trop de fonds communs dans le même panier, les résultats tendent à se démarquer difficilement de ceux d’un fonds indiciel peu onéreux, parce que toutes les différences entre les fonds s’estompent lorsqu’il y a diversification excessive.

Malheureusement, il n’existe pas de nombre clé de fonds à partir duquel la diversification devient excessive. Cela dépend beaucoup de vos objectifs et des types de fonds auxquels vous avez souscrit. Mais, à vue de nez, nous pensons que quatre ou cinq fonds de base peuvent arriver à fournir une diversification suffisante. Si vous réalisez soudain que vous avez trop de titres, il serait peut- être bon d’envisager d’y réduire le nombre. Ayez à l’esprit les implications fiscales de la vente d’un fonds.

Connaître ses actifs

Lorsque des actions, des obligations et des fonds communs sont acquis par toutes sortes de canaux, il devient de plus en plus difficile d’évaluer les caractéristiques sous-jacentes du portefeuille, donc les risques auxquels il s’expose. Le meilleur moyen de se familiariser avec ses placements est de les consolider. Si possible, gérer son argent sur un seul compte est probablement le meilleur moyen de garder une vision claire de ses finances.

De même, nous comprenons bien que les réalités de l’existence rendent difficile la gestion d’un portefeuille logé à une seule enseigne, surtout lorsqu’on doit jongler avec, entre autres placements, des REER, des REEE et des régimes à cotisations déterminées. Dans ce contexte, une des raisons pour lesquelles tant de personnes se retrouvent avec des portefeuilles pléthoriques est qu’ils gèrent chacun de leurs nombreux comptes comme un portefeuille diversifié à lui seul. Ce n’est pas déraisonnable, mais nous pensons qu’un meilleur moyen de gérer des comptes aux échéances comparables est de le faire sous forme d’entité unique. C’est ainsi qu’on peut en réduire le nombre total et se concentrer sur le tableau d’ensemble.

Fonds sectoriels: à prendre avec circonspection

Avec la prolifération des fonds communs et des fonds négociés en Bourse (FNB) à concentration sectorielle, il est devenu extraordinairement facile de trouver un produit aux résultats plus intéressants que l’assortiment ennuyeux de fonds de base typiques. Comme on le dit dans le métier, «il y a toujours un marché en hausse quelque part». Toutefois, l’inclusion de ces fonds pourrait neutraliser les décisions prises par les gestionnaires d’autres produits au sein d’un portefeuille.

Par exemple, au cours des journées grisantes qui ont marqué la fin des années 90, seuls quelques fonds d’actions canadiennes comme le Fonds d’actions canadiennes Beutel Goodman et le Fonds de dividendes canadiens de croissance Standard Life – fonds préférés des analystes Morningstar – ont généralement évité les actions technologiques, pensant avec raison que la très forte évaluation de ces titres frisait le délire. Les détenteurs de ces fonds qui investissaient aussi dans un produit technologique neutralisaient à leur insu la valeur de cette décision de placement en faisant entrer par la porte arrière ces titres surévalués et infortunés.

Cela dit, un fonds sectoriel peut être pratique pour ceux qui sont suffisamment informés et audacieux pour agir vite. Par exemple, nous avons remarqué que des investisseurs anti-conformistes comme Bill Miller de la Catégorie de société valeur de fiducie CI et l’équipe des placements de valeur stricte chez Les Associés en placement Brandes développaient récemment des participations à des sociétés de construction de logements récemment malmenées. Un FNB à bas prix se concentrant sur cette partie mal-aimée du marché est un exemple de la façon dont les investisseurs peuvent investir dans des gestionnaires en qui ils ont confiance.

Dans l’ensemble, la clé d’une stratégie ciblée qui fonctionne est d’être sélectif dans le choix des fonds, d’avoir une connaissance intime du portefeuille et de prendre des risques calculés. Et rappelez-vous bien que si vous voulez surpasser le marché, vous ne pouvez toutefois pas être le marché.


• Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2008 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF. Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web.

Jordan Benincasa