Comment planifier la retraite des expatriés?

Par Alizée Calza | 23 mars 2018 | Dernière mise à jour le 15 août 2023
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Comment planifier la retraite des expatriés?

Quelles sont les conditions pour percevoir une retraite française? Voici l’une des questions que se posent les expatriés du Canada. Comment les aider.

Les Français qui ont adopté le Québec, en plus de s’accoutumer à nos mœurs, doivent conjuguer avec une réalité financière écartelée entre deux pays. Comment sont comptabilisées les périodes d’activité à l’étranger? Quel est le montant et la date optimale pour obtenir la retraite?

Depuis 2015, Sylvie Pregevole répond à ce type de questions et conseille les expatriés à se retrouver dans le labyrinthe administratif afin de toucher la retraite française qu’ils méritent. Pour cela, la spécialiste en retraite, reconstitution de carrière et gestion privée organise des rendez-vous de diagnostics privés et conférences publiques.

« Je donne une conférence tous les quatre mois. Je travaille parfois avec des partenaires, comme le 20 mars dernier, c’était à la Banque Nationale du Canada, puisque j’ai deux cibles : l’expatrié, et les entreprises qui embauchent les expatriés », explique-t-elle.

Cette conférence, intitulée Les droits à la retraite des expatriés, concerne les expatriés et les travailleurs qui ont travaillé au moins un semestre en France et veulent toucher une retraite du pays.

Dès le début, Sylvie Pregevole ne cache pas à son public la complexité du sujet. Le régime français possédant sept régimes, un individu peut cotiser à plusieurs selon l’évolution de sa situation professionnelle. Par exemple, à partir du moment où un travailleur devient expatrié, la caisse à laquelle il cotisera sera celle de l’étranger. Et c’est là qu’il sera fiscalement redevable.

Si cela semble encore simple, la conférencière souligne l’étendue du problème : « Derrière ces sept régimes, il y a plus de 200 caisses de retraite qui ont fusionné, sans qu’on le sache, et qui surtout ne communiquent pas entre elles. »

LES CONDITIONS DE PERCEPTIONS DE LA RETRAITE

Percevoir sa retraite ne signifie pas forcément arrêter de travailler : « vous pouvez cumuler les deux, c’est une des premières pistes d’optimisation », rappelle la conférencière. Pour percevoir une retraite à taux plein, il faut cumuler deux conditions : l’âge requis et le nombre de trimestres demandés. Par exemple, une personne née en 1958 peut prétendre à une retraite à taux plein à 62 ans , à condition d’avoir acquis 167 trimestres.

« L’un des cas que je rencontre souvent concerne des femmes qui ont démissionné pour suivre leur conjoint, elles représentent 92 % en 2017, et 50 % à peine ont retrouvé un job. Elles n’ont pas travaillé pendant quelques années et n’auront donc pas leurs 167 trimestres », relate Sylvie Pregevole.

À ces travailleurs, quelques solutions s’offrent : attendre d’avoir 67 ans, continuer à travailler pour avoir le nombre requis de trimestres ou encore racheter les trimestres manquants.

LE RELEVÉ DE CARRIÈRE

Les trimestres correspondent aux revenus perçus. En 2017, pour valider un trimestre, il fallait gagner 1 465 euros, peu importe s’ils ont été gagnés en un ou trois mois.

Pour connaître le nombre de trimestres accumulés tous régimes confondus, tous les 5 ans à partir de 35 ans, les caisses envoient un « relevé de carrière ». Sylvie Pregevole conseille de toujours vérifier ce relevé. S’il est essentiel pour la retraite, selon elle, on recense environ de six à huit anomalies dans chaque relevé de carrière.

« Il faut savoir que de six à huit anomalies par dossier, ça représente entre 200 et 1 000 euros de pension par mois en erreur. C’est énorme. C’est un travail de fourmi de tout vérifier, mais c’est important et c’est notre métier », souligne-t-elle.

De plus, certaines expériences, souvent négligées, sont considérées dans le nombre de trimestres. « Le début de carrière est très important, car les stages, les petits jobs peuvent compter. Il y a aussi les trimestres pour les femmes qui ont eu un enfant. Ceux-là sont très souvent oubliés. »

LES CONVENTIONS : PERCEVOIR UNE PENSION

Un expatrié en contrat local cotise auprès du régime local. Il y a donc une perception dans le pays dans lequel il cotise, mais il a aussi la possibilité de faire valoir les trimestres gagnés à l’étranger dans la retraite française. Pour cela, il doit faire lui-même la demande de relevé auprès de la caisse locale.

Pour que ces semestres comptent, il faut qu’il y ait une convention entre les pays. Il existe une convention entre le Canada et la France, un travailleur peut donc valoriser les trimestres passés au Québec dans le calcul de sa retraite française.

Un travailleur, qui a cotisé également pour d’autres pays, devra choisir la convention qui est la plus avantageuse. Par exemple s’il a travaillé au Québec, en France et au Cameroun, il sera plus avisé de choisir la convention France/Québec, car aucune convention ne lie le Cameroun et le Québec. Cependant, il est impossible de prendre en compte plus de trois pays; il s’agit donc de choisir ce qui est le plus bénéfique dans le calcul des trimestres.

Les expatriés peuvent aussi améliorer leur retraite de plusieurs façons, comme en cotisant volontairement auprès des caisses complémentaires (la CRE-Ircafex hors de France) pour percevoir une retraite complémentaire.

Sylvie Pregevole conclut sa conférence en rappelant que si celle-ci peut servir de base pour comprendre comment prévoir sa retraite, chaque cas est unique et demande réflexion. Dans l’idéal, cette réflexion devrait s’effectuer avant de s’expatrier, mais, selon elle, des solutions sont toujours envisageables.

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Alizée Calza

Alizée Calza

Alizée Calza est rédactrice en chef adjointe pour Conseiller.ca et pour Finance et Investissement.