IA : bulle ou transformation durable ?

Par Richard Cloutier | 27 mai 2026 | Dernière mise à jour le 26 mai 2026
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IA : bulle ou transformation durable ?
Petrovich9 / iStock

L’engouement autour des technologies liées à l’intelligence artificielle (IA) et les valorisations élevées dans le secteur technologique soulèvent encore une fois chez les investisseurs une question récurrente : assiste-t-on à la formation d’une nouvelle bulle spéculative ou plutôt à une transformation durable de l’économie ?

Michael Burry, le fondateur du fonds spéculatif Scion Asset Management qu’il a dirigé de 2000 à 2008, ne cache pas son inquiétude devant la trajectoire actuelle des marchés. Rappelons que son parcours a servi de trame au film The Big Short. Il est en effet devenu célèbre pour avoir anticipé la crise financière de 2008 et avoir pris des positions contre les prêts hypothécaires à risque élevé (subprime) avant leur effondrement.

Dans des propos tirés d’une publication de sa page Substack rapportés par CNBC le 11 mai dernier, Michael Burry affirme que le contexte actuel « ressemble aux derniers mois de la bulle de 1999-2000 ». Il qualifie également de « parabolique » la progression de certaines actions technologiques liées à l’IA, une tendance qu’il juge potentiellement insoutenable.

Michael Burry recommande aux investisseurs de « réduire leur exposition aux actions, particulièrement aux titres technologiques ». Il précise que les positions dans les titres connaissant une hausse « parabolique » devraient être réduites « presque entièrement ».

À l’opposé, Igor Pejic, analyste du domaine de la technologie appliquée à la finance (fintech) et des cycles technologiques, se montre moins alarmiste. L’auteur, dont l’ouvrage Blockchain Babel a remporté le Independent Press Award 2020 dans la catégorie Technologie, estime que la situation actuelle ne peut être comparée directement à celle de la bulle Internet.

« Burry a prédit la crise de 2008, mais 18 ans plus tard, nous évoluons dans un monde complètement différent, où la technologie n’a pas seulement pris le contrôle des marchés boursiers, mais en a redéfini les règles en profondeur. Par exemple, les investisseurs technologiques ne paniquent plus face aux incertitudes géopolitiques ou aux chocs énergétiques. », avance-t-il dans une communication partagée aux médias.

LA TECHNOLOGIE COMME NOUVEAU MOTEUR DU MARCHÉ

Igor Pejic estime que la technologie joue désormais un rôle central dans la dynamique des marchés. « La technologie est désormais devenue le nouveau “macro” des marchés. »

Dans cette perspective, il considère que les marchés sont aujourd’hui davantage influencés par les résultats des grandes entreprises technologiques et la progression de l’IA que par les facteurs macroéconomiques traditionnels comme les taux d’intérêt.

Dans ce contexte, il remet également en question l’utilisation des outils classiques d’évaluation : « Les ratios cours/bénéfice […] en disent peu sur une entreprise technologique. »

Igor Pejic évoque par ailleurs plusieurs différences importantes avec la bulle Internet.

Selon lui, la majorité des investissements en IA provient directement des flux de trésorerie des entreprises.

Il rappelle aussi que les principaux acteurs sont des entreprises établies et que l’IA génère déjà des revenus.

Il note ainsi que l’IA représenterait environ 23 % des activités infonuagiques de Google et près de 10 % de celles d’Azure chez Microsoft. Ces éléments indiquent, selon lui, que l’écart entre les investissements et les retombées concrètes tend à se resserrer.

Igor Pejic ne nie toutefois pas les risques : « Il y aura de fortes secousses sur les marchés […] de nombreuses entreprises, y compris de grande taille, pourraient être anéanties. »

Il reconnaît également que des épisodes de volatilité marquée et des pertes importantes demeurent possibles. Il inscrit toutefois ces mouvements dans un cadre plus large. « L’Internet et l’intelligence artificielle s’inscrivent tous deux dans un même paradigme technico-économique », dit-il.

Dans cette perspective, les phases d’ajustement ou de correction font partie de l’évolution de ce cycle, sans nécessairement correspondre à une bulle systémique comparable à celle de la fin des années 1990.

DEUX LECTURES, UN MÊME ENJEU POUR LES CONSEILLERS

Le contraste entre les positions de Michael Burry et d’Igor Pejic met ainsi en lumière deux lectures différentes de la situation actuelle des marchés.

En pratique, ces deux lectures suggèrent que les investisseurs doivent composer avec un environnement où les risques de volatilité coexistent avec des dynamiques de croissance importantes.

D’un côté, les mises en garde de Michael Burry soulignent la possibilité de corrections rapides dans un contexte de valorisations élevées. De l’autre, Igor Pejic insiste sur le caractère structurel des transformations en cours, notamment le rôle central de la technologie dans les marchés.

Dans ce contexte, la capacité à distinguer entre les entreprises bénéficiant d’une croissance réelle et celles portées par l’engouement du marché devient un enjeu central.

Comme le souligne Igor Pejic, « la technologie est devenue le nouveau “macro” des marchés », ce qui complexifie l’analyse des valorisations et des cycles.

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Richard Cloutier

Richard Cloutier

Richard Cloutier est rédacteur en chef de Finance et Investissement et de Conseiller.ca. Il a été Adm.A. de 1995 à 2012 avant de se consacrer au journalisme. Il a notamment écrit pour La Presse et Les Affaires.