GIR, l’expert du vote ESG 

Par Sylvie Lemieux | 30 avril 2026 | Dernière mise à jour le 29 avril 2026
5 minutes de lecture
Écran de conférence sur l’énergie. Une femme devant une grande télévision, montrant 4 images différentes.
Laurence Dutton / iStock

Les décisions prises lors des assemblées d’actionnaires — rémunération des dirigeants, orientations climatiques, gouvernance — reposent sur un travail d’analyse souvent méconnu. À Montréal, le Groupe investissement responsable (GIR), fondé en 2000, accompagne des investisseurs institutionnels qui souhaitent exercer activement leur droit de vote en intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à leurs décisions.

« Nous travaillons avec des investisseurs qui ne se limitent pas à la performance financière, explique Thomas Estinès, codirecteur de GIR. Ils s’intéressent aussi à des critères extra-financiers dans une vision de long terme. Ils veulent comprendre les impacts des entreprises et influencer leurs pratiques. »

UN RÔLE OPÉRATIONNEL

GIR répond à un besoin très concret : les investisseurs institutionnels — tels que des régimes de retraite, des fondations, des gestionnaires de portefeuille ou encore des communautés religieuses — détiennent souvent des portefeuilles composés d’une centaine d’entreprises, dont les assemblées générales se concentrent sur une courte période, principalement au printemps. Il n’est pas rare que plusieurs d’entre elles aient lieu le même jour.

« Gérer ça de façon rigoureuse, ça exigerait soit du personnel interne spécialisé, soit des ressources temporaires, soutient Thomas Estinès. Nous avons développé des outils et des processus qui permettent d’analyser efficacement les propositions et de prendre des décisions conformes aux politiques de vote des clients, dans des délais très courts. »

GIR agit dans environ 3 000 assemblées générales par année dans une cinquantaine de pays, pour des actifs clients dépassant 90 milliards de dollars. Tout cela avec une équipe permanente de six employés, renforcée par trois ou quatre ressources temporaires durant la haute saison, de janvier à juin.

DES ENJEUX STRATÉGIQUES

L’évolution des attentes des investisseurs a profondément transformé le métier. Là où l’accent était autrefois mis sur la transparence — publication des émissions de gaz à effet de serre ou des rapports de durabilité — les enjeux sont désormais plus stratégiques.

« Les investisseurs veulent savoir, par exemple, comment une entreprise va s’adapter à un scénario climatique à 1,5 degré, ou comment elle gère les droits humains dans sa chaîne d’approvisionnement », note Thomas Estinès.

Les thématiques couvertes se sont élargies : biodiversité, diversité et inclusion, relations avec les communautés autochtones, gouvernance interne ou encore bien-être animal. Cette complexité exige une capacité d’analyse fine, mais aussi une lecture sectorielle des risques et des opportunités.

LA POLITIQUE MOSAIC

Pour répondre aux besoins variés de ses clients, GIR a développé différents modèles de collaboration. Certains investisseurs disposent de leur propre politique de vote, que l’organisation applique strictement. D’autres préfèrent s’appuyer sur des politiques mutualisées. C’est dans cette logique qu’a été lancée la politique Mosaic.

Cette évolution fait suite à une transaction conclue en 2020, au terme de laquelle GIR a acquis les contrats de vote de SHARE, un organisme sans but lucratif basé à Toronto et Vancouver, spécialisé dans le dialogue entre investisseurs et entreprises cotées sur des enjeux ESG.

La firme s’est alors retrouvée avec deux politiques distinctes — la sienne et celle de SHARE — qui reposaient sur des fondements similaires. « Plutôt que de maintenir deux analyses parallèles, on a fusionné les meilleures pratiques des deux cadres », explique Thomas Estinès.

Au-delà de l’efficacité opérationnelle, cette unification vise à accroître le poids des votes. « En regroupant les positions au sein d’une seule politique, on peut exercer une influence plus importante lors des assemblées générales, plutôt que de disperser les voix entre différentes orientations », précise-t-il. Le déploiement complet est prévu pour 2027.

UN MARCHÉ CONCENTRÉ

GIR évolue dans un secteur fortement concentré. Deux grandes firmes — ISS et Glass Lewis — dominent environ 90 % du marché mondial du vote par procuration, chacune étant majoritairement dirigée depuis les États-Unis. À leurs côtés, quelques acteurs indépendants opèrent à l’échelle de différents pays.

Cette concentration crée toutefois des occasions. La prudence accrue de certains grands joueurs sur les enjeux ESG, notamment sous pression réglementaire aux États-Unis, ouvre un espace pour des approches plus affirmées. « Certains investisseurs cherchent des alternatives plus engagées », explique Thomas Estinès.

CAP SUR L’EUROPE

GIR dessert une clientèle exclusivement canadienne, ce qui pourrait bientôt changer, puisque la firme explore activement le marché européen depuis environ trois ans. « Nous développons des contacts et cherchons à comprendre les spécificités réglementaires et les différences avec le contexte canadien. L’écosystème européen est très dynamique en matière d’investissement responsable », précise Thomas Estinès.

Les marchés ciblés se concentrent principalement en Europe de l’Ouest : France, Allemagne, Italie, Suisse et Royaume-Uni. Quant aux États-Unis, les coûts élevés liés aux assurances et au risque juridique freinent les ambitions à court terme. « Les primes nécessaires pour opérer là-bas sont difficiles à rentabiliser sans une masse critique de clients », reconnaît-il.

VIRAGE TECHNOLOGIQUE

Pour gagner en efficacité, GIR investit dans des outils technologiques visant à automatiser la collecte et le traitement de données. « Une partie du travail consiste à extraire de l’information dans les rapports. Ce sont des tâches qui peuvent être automatisées », explique le codirecteur.

L’objectif est double :

  • améliorer la productivité
  • et permettre aux analystes de se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée.

À terme, cette transformation pourrait réduire le recours aux ressources temporaires et soutenir la croissance de l’organisation.

Dans un contexte où les enjeux ESG s’imposent dans les stratégies d’investissement, le rôle d’acteurs comme GIR devrait continuer de s’affirmer. Les investisseurs institutionnels, déjà plus matures, cherchent désormais à passer de l’analyse à l’action.

« Il y a une vraie volonté d’engagement. Les investisseurs veulent dialoguer avec les entreprises et améliorer leurs pratiques », conclut Thomas Estinès.

Abonnez-vous à nos infolettres

Sylvie Lemieux headshot

Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.