Fraude et surendettement : l’OCDE sonne l’alarme

Par La rédaction | 26 mars 2026 | Dernière mise à jour le 26 mars 2026
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Hameçonnage par intelligence artificielle (IA), produits financiers de plus en plus complexes, endettement en hausse : les risques qui pèsent sur les consommateurs de services financiers n’ont jamais été aussi nombreux ni aussi variés.

C’est le constat que dresse l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son Observateur des risques pour les consommateurs dans le domaine financier 2026, une analyse fondée sur les données de 61 pays et économies.

Ce rapport brosse un portrait préoccupant d’un secteur en pleine mutation, où la transformation numérique amplifie autant les occasions que les dangers. Selon les auteurs, les risques liés à l’économie, aux technologies et aux pratiques convergent désormais de manière à accroître sensiblement l’exposition des consommateurs.

LES ESCROQUERIES EN FORTE PROGRESSION

La menace la plus répandue, selon le rapport, est aussi la plus difficile à endiguer. Les escroqueries et fraudes financières arrivent au premier rang des préoccupations : elles sont signalées par 85 % des juridictions participantes, qui anticipent en outre une aggravation du phénomène en 2026. Entre 2024 et 2025, une majorité de répondants (69 %) ont déjà constaté une multiplication de ces pratiques.

Cette nouvelle vague de fraudes se distingue par son degré de sophistication. L’essor de l’IA générative permet de produire des arnaques hautement personnalisées et difficiles à détecter :

  • faux conseillers en services financiers,
  • faux schémas d’assurance ou de paiement,
  • usurpation d’identité,
  • hypertrucage (deepfakes),
  • etc.

Des pays comme l’Australie, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Italie et la Lettonie notent que les services bancaires mobiles et les réseaux sociaux élargissent considérablement le terrain de jeu des fraudeurs.

La généralisation des paiements instantanés, des plateformes sociales et des services financiers en ligne élargit également le champ d’action des cybercriminels.

UN ENDETTEMENT DES MÉNAGES QUI INQUIÈTE

Le deuxième grand risque identifié par l’OCDE concerne le niveau élevé d’endettement des consommateurs. Selon l’Observateur, 63 % des juridictions identifient un niveau élevé de dette des ménages comme un risque significatif, et la tendance devrait se poursuivre à la hausse. Au Canada, par exemple, 41 % des consommateurs ont vu leur endettement augmenter entre janvier et mars 2025, tandis que 55 % ont puisé dans leur épargne pour faire face à la situation économique.

Cette fragilité tient à plusieurs facteurs. D’un côté, les pressions sur le coût de la vie poussent des ménages à recourir au crédit pour couvrir des dépenses courantes. De l’autre, de nouveaux produits numériques — notamment les formules « achetez maintenant, payez plus tard » — offrent un accès rapide et pratique au crédit, mais peuvent masquer les frais réels ou contourner les évaluations sérieuses de la capacité de remboursement. L’Autriche, l’Indonésie, l’Italie et les Pays-Bas ont fait part de leurs préoccupations à ce sujet.

DES PRODUITS FINANCIERS TOUJOURS PLUS COMPLEXES

L’innovation financière, bien que bénéfique dans son ensemble, creuse un fossé grandissant entre les prestataires et les consommateurs. Les cryptoactifs sont ainsi considérés par 80 % des juridictions comme une source majeure de préjudice potentiel dans le secteur de l’investissement. Des pays comme le Brésil, les Philippines, la République slovaque et la Serbie font face à des risques liés aux lacunes réglementaires et à la présence croissante de prestataires non agréés ou partiellement réglementés.

La complexité des produits est souvent accentuée par des pratiques commerciales agressives et un manque de transparence. Le manque de clarté dans les informations communiquées aux consommateurs est d’ailleurs le premier risque lié aux pratiques recensé, mentionné par 44 % des juridictions. Et les conséquences se font sentir : entre 2024 et 2025, le volume total des plaintes de consommateurs reçues par les autorités de surveillance a augmenté dans 70 % des juridictions. Les principaux motifs de plainte sont les frais et commissions, le faible rapport qualité-prix et les pratiques de recouvrement des créances.

L’OCDE souligne par ailleurs que l’innovation rapide peut créer des lacunes réglementaires. Certains produits apparaissent sur le marché avant même que les cadres de surveillance ne soient pleinement adaptés.

ENTRE INCLUSION ET EXCLUSION

La transformation numérique du secteur financier n’est pas uniformément bénéfique. Si elle élargit l’accès aux services pour certains, elle laisse pour compte ceux qui peinent à s’adapter, notamment :

  • les consommateurs âgés,
  • les populations rurales,
  • et les personnes peu à l’aise avec les outils numériques.

La fermeture progressive des banques physiques, signalée notamment au Canada, aux Pays-Bas, en Pologne et en Suède, prive une partie de la population des interactions en présentiel auxquelles elle est habituée.

Par ailleurs, les systèmes algorithmiques d’aide à la décision — que les consommateurs ne peuvent ni comprendre facilement ni contester — font peser un risque de biais et de choix financiers inadaptés. Hong Kong soulève également la question des « hallucinations » produites par les outils d’IA, ces réponses qui paraissent crédibles, mais s’avèrent factuellement incorrectes ou incomplètes.

QUE PEUVENT FAIRE LES GOUVERNEMENTS ?

Face à ces risques, l’OCDE formule plusieurs recommandations à l’intention des décideurs publics.

L’organisation préconise d’abord de s’assurer que des cadres complets de protection financière des consommateurs sont bien en place, en s’appuyant sur les Principes de haut niveau G20/OCDE.

Elle recommande aussi de renforcer les capacités de surveillance des pratiques sur le marché, notamment grâce à des technologies et à l’analyse des données de plaintes.

L’organisation insiste également sur la nécessité d’une coordination interinstitutionnelle accrue pour lutter contre les fraudes numériques, en réunissant autorités financières, agences de cybersécurité et organismes d’application de la loi.

Elle appelle enfin à mieux encadrer les nouveaux produits financiers — actifs numériques, crédit numérique, services fondés sur l’IA — et à renforcer les initiatives de culture financière, en ciblant en priorité les groupes les plus vulnérables.

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La rédaction