Retraite progressive : travailler moins, planifier plus

Par Sylvie Lemieux | 12 mai 2026 | Dernière mise à jour le 12 mai 2026
4 minutes de lecture
Un couple de seniors planifie ses investissements avec un conseiller financier
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Partir à la retraite à 65 ans, du jour au lendemain, n’est plus la norme. Une proportion croissante de travailleurs choisit désormais de ralentir progressivement plutôt que de s’arrêter net ; une tendance qui transforme la planification financière et qui force à repenser la façon d’orchestrer revenus, rentes et épargne.

« La hausse du coût de la vie pousse certaines personnes à retarder leur départ à la retraite ou à revenir sur le marché du travail, observe Nicolas Monette, conseiller en sécurité financière chez IG Gestion de patrimoine. Plutôt qu’un arrêt complet, on voit de plus en plus une réduction du temps de travail. La retraite devient une phase progressive plutôt qu’une coupure abrupte. »

Ce changement de comportement n’est pas l’apanage des gens en difficulté financière. Certaines personnes aisées font ce choix par intérêt ou par passion pour leur travail. Mais dans tous les cas, ce passage graduel oblige à réévaluer les stratégies financières.

TROIS LEVIERS À COORDONNER

Selon Nicolas Monette, la retraite progressive s’articule autour de trois grandes décisions :

  • la valeur et la durée du revenu d’emploi à temps partiel,
  • le moment de la demande des rentes gouvernementales,
  • et la stratégie de décaissement de l’épargne.

« L’objectif demeure d’optimiser chaque dollar gagné, notamment sur le plan fiscal, afin d’éviter des pénalités liées à une mauvaise coordination des sources de revenus », résume-t-il en entrevue avec Conseiller.ca.

Le fait de multiplier les entrées d’argent — revenu d’emploi partiel, Régime de rentes du Québec (RRQ), Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), régimes privés, REER, CELI — rend cet exercice d’autant plus délicat. Le conseiller insiste sur l’importance de partir des besoins réels de l’individu. « Une fois que vous savez si vous avez besoin de 2 000 $, 5 000 $ ou 10 000 $ par mois, il devient beaucoup plus facile de déterminer les meilleures sources de décaissement. »

REPORTER LES RENTES

L’un des enjeux les plus sensibles de la retraite progressive concerne le moment où l’on commence à toucher ses rentes gouvernementales. « Plus les rentes sont reportées, plus elles sont bonifiées, souligne Nicolas Monette. Dans un contexte d’allongement de l’espérance de vie, prendre sa rente trop tôt peut constituer une erreur importante. »

Il s’appuie sur un cahier de recherche qu’il a coécrit avec des professeurs de l’UQTR pour étayer cette position — Le choix du RRQ : le pari du perdant ravi. Les données, dit-il, démontrent qu’il est généralement désavantageux de réclamer sa rente prématurément. Pourtant, l’argument du « prenez votre argent maintenant plutôt que de le laisser au gouvernement » reste très répandu. « Les gens sous-estiment leur propre longévité, observe Nicolas Monette. Une personne de 60 ans a statistiquement beaucoup plus de chances d’atteindre 70 ans qu’un nouveau-né, mais beaucoup se basent sur des moyennes générales à la naissance pour estimer leur espérance de vie. »

UN ENJEU FISCAL À NE PAS NÉGLIGER

Pour les personnes qui continuent de travailler après 65 ans, la combinaison de plusieurs sources de revenus peut aussi créer des surprises fiscales.

Le seuil de récupération de la Pension de la Sécurité de vieillesse (PSV) — établi autour de 93 000 $ de revenu annuel — représente un piège potentiel. Au-delà de ce montant, une partie de la rente doit être remboursée. Une personne qui combine un salaire, des décaissements d’épargne et des rentes gouvernementales pourrait facilement dépasser ce plafond sans le réaliser. « Il peut alors être pertinent d’ajuster la stratégie, par exemple en suspendant certains retraits pour éviter cette récupération », explique Nicolas Monette.

La retraite progressive offre aussi un avantage concret : elle prolonge la durée de vie de l’épargne. Un besoin annuel de 60 000 $ partiellement couvert par un emploi à temps partiel réduit d’autant les retraits nécessaires. « En générant même un revenu partiel, on diminue la pression sur ses économies de façon significative », dit-il.

UN SUIVI ANNUEL S’IMPOSE

Comme la situation financière peut évoluer rapidement lorsqu’on est en transition vers la retraite, Nicolas Monette recommande un suivi professionnel régulier, idéalement annuel.

Un outil gratuit développé par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke permet aussi de simuler différents scénarios — âge de retraite, niveau de revenu souhaité, durée de vie estimée — et de s’y préparer de manière autonome.

Le prérequis demeure toutefois le même dans tous les cas : connaître ses chiffres. « Il faut d’abord établir ses besoins mensuels, puis identifier l’écart entre ce montant et les revenus disponibles. C’est à partir de ce manque à gagner qu’on peut bâtir une planification cohérente. »

Une démarche simple en apparence, mais qui implique souvent de faire ce que beaucoup évitent encore : établir un budget.