Le Québec, dernier de classe en fiscalité des PME

Par La rédaction | 10 avril 2026 | Dernière mise à jour le 9 avril 2026
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Jeune femme caucasienne inquiète organisant les finances de la maison.
SrdjanPav / iStock

Le Québec vient de décrocher un titre peu enviable : celui de pire province canadienne pour la fiscalité de ses petites entreprises. En annonçant, le 26 mars dernier dans son budget, une réduction du taux d’imposition des PME de 3,2 % à 2,2 %, en vigueur dès le 1er juillet 2026, l’Ontario a fait glisser le Québec au dernier rang du classement.

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), cela accentue un écart déjà préoccupant et soulève des questions sur la compétitivité de la province dans un contexte économique incertain.

« En ne baissant pas l’impôt de ses petites entreprises lors de son budget, le gouvernement du Québec a montré un manque de vision et de leadership économique. Il préfère les subventions aux grandes entreprises plutôt que de faire confiance aux dizaines de milliers de personnes à la tête d’une petite entreprise », reproche François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI.

La réduction en Ontario profitera à 375 000 PME, selon la FCEI.

SEUL À UN SOMMET PEU ENVIABLE

Avec un taux d’imposition des PME fixé à 3,2 %, le Québec se retrouve désormais isolé en tête du classement des provinces les plus taxées :

  • Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick affichent 2,5 %,
  • l’Ontario passera à 2,2 %,
  • l’Alberta et la Colombie-Britannique à 2 %,
  • la Nouvelle-Écosse à 1,5 %,
  • l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan à 1 %.
  • Quant au Manitoba, il a tout simplement supprimé cet impôt.

Au-delà du taux d’imposition, la FCEI souligne que certaines règles fiscales propres au Québec accentuent le désavantage. La province est notamment la seule à refuser un taux réduit aux petites entreprises des secteurs de la construction et des services qui n’atteignent pas un seuil de 5 500 heures rémunérées annuellement.

Cette condition, équivalant à un peu moins de trois employés à temps plein, entraîne pour les plus petites entreprises une charge fiscale beaucoup plus élevée. Selon la FCEI, ces entreprises peuvent ainsi faire face à un taux d’imposition jusqu’à 259 % plus élevé.

« Depuis l’entrée en vigueur de cette injustice fiscale il y a dix ans, aucune province n’a suivi l’exemple du Québec. Elles ont plutôt continué de baisser l’impôt de leurs petites entreprises, comme l’a fait l’Ontario. Par son inaction répétée dans ce dossier, le gouvernement du Québec montre qu’il voit ses petites entreprises comme un moyen de percevoir plus d’argent pour l’État plutôt que comme un levier pour relancer l’économie », déplore François Vincent.

UN ENVIRONNEMENT MOINS FAVORABLE

La fiscalité des PME au Québec ne se limite pas à l’impôt sur le revenu. La FCEI rappelle que la province se distingue aussi par un fardeau plus élevé en matière de taxes sur la masse salariale, avec un écart d’environ 30 % au-dessus de la moyenne canadienne.

Contrairement à d’autres provinces, le Québec n’offre aucune exemption pour les petites entreprises sur certaines taxes liées à l’éducation ou à la santé. Ailleurs, des seuils d’exemption existent, allant de 500 000 $ en Colombie-Britannique à 2 millions de dollars au Manitoba et à Terre-Neuve-et-Labrador.

UN ALLÈGEMENT FISCAL QUI PROFITERAIT À TOUS

Selon les données de la FCEI, une réduction du fardeau fiscal aurait des effets directs sur les PME. Une majorité d’entre elles indiquent qu’elles utiliseraient ces marges supplémentaires pour :

  • augmenter les salaires (58 %),
  • rembourser leurs dettes (54 %)
  • ou investir dans leur productivité (54 %).

Plus du tiers envisagerait aussi d’embaucher.

Ces résultats suggèrent ainsi que les retombées iraient au-delà des entreprises elles-mêmes, touchant également les travailleurs et les économies régionales.

La population québécoise semble partager cette préoccupation. Un sondage Léger commandé par la FCEI révèle

  • que 59 % des Québécois n’ont pas confiance dans les décisions économiques du gouvernement,
  • que 75 % estiment que l’avenir de l’économie passe d’abord par la santé des PME,
  • et que 73 % souhaitent que Québec réduise leur fardeau fiscal pour stimuler la croissance.

Du côté des entrepreneurs, le scepticisme est encore plus prononcé : 89 % des propriétaires de PME estiment que le gouvernement n’a pas une vision favorable aux petites entreprises et à l’entrepreneuriat, et 83 % croient qu’il ne comprend pas ce dont leurs entreprises ont besoin pour améliorer leur productivité, selon des sondages internes de la FCEI menés en octobre 2025 et en février 2026.

La FCEI rappelle que lors d’une précédente réduction du taux ontarien, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, avait aligné le taux provincial sur celui de l’Ontario. L’organisation exhorte aujourd’hui Québec à agir sans tarder.

« Le gouvernement ne doit pas attendre ; il doit ajuster la fiscalité des petites entreprises maintenant. S’il veut aider l’économie, il ne peut plus tourner le dos aux petites entreprises », a conclu François Vincent.

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La rédaction