Décarbonisation : les entreprises canadiennes parmi les plus engagées

Par La rédaction | 28 avril 2026 | Dernière mise à jour le 27 avril 2026
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Une main verte avec la texture d'une feuille tient un germe. Arrière-plan avec un sol aride et sec. Blanchiment écologique et changement climatique
franco tognarini / iStock

Malgré un contexte géopolitique instable et des coûts en hausse, les entreprises canadiennes figurent parmi les plus engagées du G7 dans la transition vers la neutralité carbone. C’est ce qui ressort du plus récent « bilan de température » 2026 du G7 publié par le British Standards Institution (BSI), qui met en lumière un paradoxe : un engagement solide, mais fragilisé par des obstacles économiques et politiques persistants.

À l’instar de leurs homologues dans les autres pays du G7, les entreprises redéfinissent leur approche climatique. Elles continuent de viser la décarbonisation, mais en la présentant davantage comme un enjeu de résilience et de gestion des risques que comme une priorité environnementale.

Au Canada, cet engagement se démarque nettement : 93 % des entreprises affirment être engagées envers des objectifs de carboneutralité, soit le niveau le plus élevé parmi les pays du G7. Près de huit sur dix (78 %) indiquent même avoir intensifié leurs efforts au cours de la dernière année.

Cette mobilisation repose en grande partie sur une perception accrue des risques. Alors que 81 % des dirigeants du G7 s’inquiètent des coûts futurs liés à l’inaction climatique, cette proportion grimpe à 88 % au Canada, le taux le plus élevé du groupe.

Plus largement, près des trois quarts des entreprises du G7 estiment que les risques économiques liés à l’absence de transition dépassent ceux de la transition elle-même.

Ce positionnement s’accompagne d’un ajustement dans la communication. Au Canada, 75 % des entreprises disent avoir modifié leur manière de parler de leurs actions climatiques au cours de la dernière année, notamment en réponse au scepticisme croissant dans l’espace public.

Ce phénomène, qualifié de « recadrage climatique » dans l’étude, consiste à intégrer les enjeux environnementaux dans une logique d’affaires : résilience opérationnelle, continuité des activités et compétitivité.

Ce glissement ne traduit pas un désengagement. Au contraire, 78 % des entreprises du G7 affirment vouloir poursuivre leurs efforts indépendamment du contexte politique, et 76 % évoquent la pression des clients comme facteur déterminant.

UNE INCERTITUDE POLITIQUE QUI PÈSE

Si l’engagement demeure élevé, les entreprises canadiennes se montrent particulièrement sensibles aux dynamiques politiques. Parmi les sondées, 86 % souhaitent un soutien accru des gouvernements, tandis que 71 % estiment que l’incertitude politique pourrait les amener à revoir leur engagement.

Plusieurs facteurs externes influencent leur capacité d’action. Au cours des 12 derniers mois, 22 % des entreprises canadiennes affirment que les orientations gouvernementales ont affecté leurs décisions, et 20 % pointent l’impact des tensions géopolitiques, des proportions parmi les plus élevées du G7.

Le contexte nord-américain joue également un rôle. Six entreprises canadiennes sur dix considèrent que la montée du scepticisme climatique aux États-Unis constitue un risque pour leur résilience, et 64 % y voient une menace pour la croissance économique du Canada.

Malgré ces incertitudes, la majorité des entreprises continuent de percevoir la décarbonisation comme une opportunité. Au Canada, quatre entreprises sur cinq estiment qu’elle favorise la croissance et la compétitivité, notamment en ouvrant de nouveaux marchés et en stimulant l’innovation.

Cette perception rejoint la tendance observée à l’échelle du G7 : 78 % des dirigeants jugent que croissance économique et transition climatique peuvent aller de pair, et 76 % anticipent des retombées positives sur l’emploi et la sécurité énergétique.

DES CONTRAINTES FINANCIÈRES

Le principal frein demeure toutefois le coût de la transition, un enjeu encore plus marqué au Canada. La majorité (88 %) des entreprises canadiennes affirment que la neutralité carbone exerce une pression sur la performance de leur secteur, et 87 % estiment que leur industrie devra absorber des coûts plus élevés que les autres.

Cette pression se traduit concrètement dans les décisions d’affaires. Un tiers des entreprises canadiennes (33 %) disent avoir ajusté leurs plans de transition en raison de facteurs économiques, notamment le manque de financement pour les investissements verts (27 %).

À cela s’ajoute un déficit d’incitatifs : 25 % des entreprises indiquent que l’absence de mesures fiscales ou de soutien à long terme a limité leur capacité d’action au cours de la dernière année.

DES CIBLES DIFFICILES À ATTEINDRE

Comme ailleurs dans le G7, cet environnement contraignant crée un décalage entre les objectifs et leur réalisation. Si près de 70 % des entreprises affirment disposer d’une feuille de route vers la carboneutralité, seulement 55 % estiment qu’elles atteindront effectivement leurs cibles.

Les entreprises canadiennes identifient clairement leurs besoins pour combler cet écart :

  • 38 % réclament davantage de formation,
  • 35 % souhaitent des orientations plus claires pour obtenir des certifications,
  • et 34 % demandent des outils concrets pour mettre en œuvre les normes.

TRANSFORMER L’AMBITION EN ACTION

Pour Susan Taylor Martin, directrice générale de BSI, l’enjeu est désormais de passer à l’action. « La prochaine étape consiste à combler le fossé entre ambition et action grâce à des mesures d’adaptation aux risques climatiques », affirme-t-elle.

« L’incertitude et les perturbations sont de plus en plus les caractéristiques déterminantes de l’économie mondiale. Notre rôle, en tant que BSI, est d’apporter clarté, cohérence et confiance par le biais de normes, alors que les entreprises du monde entier sont aux prises avec la transition vers un avenir “zéro émission nette” », ajoute-t-elle.

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La rédaction