Travailleurs autonomes : des tarifs qui montent, un moral qui descend

Par La rédaction | 16 avril 2026 | Dernière mise à jour le 15 avril 2026
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Homme d’affaires travaillant sur l’ordinateur portatif. Celui-ci se tient la tête entre les mains.
martin-dm / iStock

L’économie des travailleurs autonomes continue de gagner en importance au Canada, mais elle repose sur des bases de plus en plus fragiles.

Selon une récente étude de la plateforme freelance.ca, le travail autonome s’impose désormais comme un choix de carrière durable pour de nombreux professionnels expérimentés. Pourtant, la hausse des tarifs et l’adoption accélérée des technologies ne suffisent pas à compenser un sentiment croissant d’insécurité et un manque de soutien politique perçu par les pigistes.

Une majorité des travailleurs autonomes (75 %) se disent insatisfaits du soutien politique qu’ils reçoivent, en hausse par rapport à 65 % l’an dernier. Cette détérioration rapide traduit une perte de confiance envers les institutions et les politiques publiques censées encadrer ce segment du marché du travail.

Pour Simon Gravel, PDG de freelance.ca, le problème dépasse la question des compétences. « Les données sont claires : le principal obstacle au développement du travail indépendant n’est pas le manque de talents, mais le manque d’infrastructures », affirme-t-il.

Il souligne notamment que 60 % des professionnels indépendants identifient l’incertitude comme leur principal défi.

Cette perception d’un environnement peu structuré alimente un sentiment de vulnérabilité, alors même que le travail autonome s’impose comme un pilier croissant de l’économie.

INSATISFACTION EN HAUSSE

Sur le plan financier, le portrait est contrasté. Les tarifs horaires ont progressé de 31 % au cours des quatre dernières années pour atteindre en moyenne 63 $ de l’heure. Une hausse qui pourrait, en théorie, améliorer les conditions de vie des travailleurs autonomes.

Or, c’est l’inverse qui se produit. La proportion de pigistes satisfaits de leur situation financière a reculé de 11 % en un an. Aujourd’hui, seuls un quart d’entre eux se disent globalement satisfaits.

Cette contradiction s’explique en partie par un ralentissement du marché. Après une période de forte croissance entre 2023 et 2024, le nombre de projets disponibles a diminué, ce qui pèse sur la stabilité des revenus. À plus long terme, le pessimisme s’installe : 24 % des répondants anticipent une détérioration de leur situation au cours des cinq prochaines années.

Le modèle évolue aussi vers une logique de missions multiples : les pigistes travaillent de plus en plus avec plusieurs clients à la fois, dans un environnement dominé par les projets plutôt que par des relations durables. Dans ce contexte, la concurrence s’intensifie, forçant les travailleurs autonomes à ajuster en continu leurs compétences et leurs offres de services.

LE TÉLÉTRAVAIL DEVIENT LA NORME

Sur le plan organisationnel, la transformation est nette. Le travail sur site est désormais marginal : il ne concerne plus que 4 % des travailleurs autonomes, contre 11 % auparavant. À l’inverse, 73 % exercent leurs activités entièrement à distance.

Ce basculement confirme que les pigistes sont à l’avant-garde des nouvelles formes d’organisation du travail. La flexibilité géographique, autrefois un avantage distinctif, est désormais la norme, même si le marché demeure fortement concentré dans certains pôles. Le Québec et l’Ontario regroupent respectivement 41 % et 38 % des travailleurs autonomes, avec Montréal et Toronto en tête.

L’IA DEVIENT INCONTOURNABLE

Autre évolution marquante : l’adoption rapide de l’intelligence artificielle (IA). En un an, l’utilisation quotidienne de ces outils est passée de 39 % à 54 %.

Pour les travailleurs autonomes, l’outil n’est plus un levier de différenciation, mais une compétence de base. Il s’intègre désormais aux pratiques professionnelles courantes, notamment dans les secteurs des technologies de l’information, du marketing et de l’administration, qui dominent l’échantillon de l’étude.

UN BASSIN DE TALENTS EXPÉRIMENTÉS

Le rapport repose sur les réponses de 403 travailleurs indépendants, dont une majorité affiche une solide expérience : 64 % cumulent plus de 10 ans de pratique professionnelle.

Le défi du travail autonome au Canada ne réside donc pas dans la qualité de la main-d’œuvre, mais dans les conditions qui encadrent son développement.

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La rédaction