Retraite : trois angles morts dans les attentes des clients

Par La rédaction | 16 mars 2026 | Dernière mise à jour le 13 mars 2026
4 minutes de lecture
Une main montrant trois doigts.
bloodua / iStock

Écrasante, voire intimidante : c’est ainsi que de nombreux clients perçoivent la planification financière, selon un récent guide sur la retraite, publié par J.P. Morgan, qui met en lumière l’écart grandissant entre les idées reçues et la réalité de la retraite.

Le rapport, relayé par Financial Planning, nomme trois domaines où les perceptions des clients divergent le plus des données :

  • le moment du départ à la retraite,
  • la longévité
  • ou encore les comportements de dépenses.

Pour les conseillers, l’enjeu consiste souvent à aider les clients à corriger ces angles morts afin d’élaborer des stratégies réalistes.

UN DÉPART À LA RETRAITE RAREMENT MAÎTRISÉ

Dans une enquête américaine de l’Employee Benefit Research Institute (EBRI), un organisme de recherche indépendant basé à Washington, les retraités citent plusieurs causes qui les ont incités à quitter le marché du travail plus tôt que prévu.

Beaucoup évoquent des facteurs indépendants de leur volonté :

  • problèmes de santé,
  • restructurations d’entreprise,
  • difficultés professionnelles
  • ou encore la nécessité de s’occuper d’un proche.

« Il y a beaucoup d’émotions en jeu, car les gens pensent à leur famille, à leur conjoint, à leur partenaire, à leur héritage », explique Michael Conrath, stratégiste en chef en matière de retraite chez J.P. Morgan, dans des propos rapportés par Financial Planning. Des préoccupations liées à la santé ou à la perte d’autonomie peuvent prendre le pas sur les considérations purement financières.

LA LONGÉVITÉ : UN RISQUE SOUS-ESTIMÉ

La durée de la retraite constitue un autre facteur souvent mal anticipé. Selon les projections de J.P. Morgan, pour un couple de 65 ans en bonne santé et non-fumeur, la probabilité qu’au moins l’un des deux conjoints atteigne 95 ans est de 44 %. Autrement dit, une retraite de 30 ans ou plus n’est pas une hypothèse extrême, mais un scénario auquel une part significative des ménages doit se préparer.

Or, de nombreuses stratégies de décaissement, comme dans la règle de retrait de 4 %, reposent sur l’hypothèse d’un horizon de 30 ans. Pour des retraites plus longues, les portefeuilles doivent être structurés de manière à générer de la croissance pendant plusieurs dizaines d’années. Maintenir une exposition aux actifs de croissance suffisante demeure, selon J. P. Morgan, indispensable pour préserver le pouvoir d’achat à long terme.

REVENU GARANTI : LEVIER PSYCHOLOGIQUE ET FINANCIER

Une autre difficulté apparaît au moment de passer de la phase d’accumulation à celle du décaissement. Après des années à épargner, de nombreux retraités hésitent à puiser dans leur capital et à passer en mode dépense, par crainte de manquer d’argent, même lorsque leur situation financière le permettrait.

Les données de J.P. Morgan illustrent l’impact concret du revenu garanti sur ce comportement. Parmi les ménages disposant d’un patrimoine retraite compris entre 1 et 3 millions de dollars, ceux dont 60 à 80 % des actifs sont constitués de revenus garantis dépensent en médiane 71 710 $ par an. Ceux dont seulement 20 à 40 % des actifs sont en revenus garantis dépensent environ 49 650 $ par an, soit 44 % de moins, pour un patrimoine total comparable.

Lorsque les dépenses essentielles sont couvertes par des flux de revenus prévisibles, les retraités se sentent généralement plus sûrs de consommer et d’utiliser leur épargne, ce qui améliore leur qualité de vie.

MAINTENIR UNE RÉSERVE D’URGENCE

L’évolution des dépenses à la retraite est également moins stable que ce que la plupart des clients anticipent. Selon JP Morgan, près de 60 % des nouveaux retraités connaissent des variations annuelles de dépenses supérieures à 20 % au cours des trois premières années suivant leur départ du marché du travail.

Cette volatilité ne disparaît pas avec le temps. Entre 75 et 80 ans, plus de la moitié des retraités continuent d’enregistrer des fluctuations importantes, souvent liées à des dépenses de santé, à des changements de logement ou à un soutien financier apporté à des proches.

Ces variations augmentent le risque de devoir liquider des placements dans un contexte de marché défavorable. Pour y remédier, J.P. Morgan recommande de maintenir une réserve d’urgence équivalente à de trois à six mois de revenus. Ce coussin de liquidités constitue un filet de sécurité qui permet d’absorber les dépenses imprévues, mais sans compromettre la stratégie d’investissement à long terme.

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La rédaction