Fintech : un écosystème en croissance, mais sous pression

Par La rédaction | 8 avril 2026 | Dernière mise à jour le 7 avril 2026
6 minutes de lecture
Empilements de pièces dorées symbolisant la croissance financière et l’investissement, sur fond de graphiques boursiers et de données numériques. Illustration moderne de la performance économique, de l’analyse financière et de la technologie appliquée à la finance.
asbe / iStock

Avec près de 300 entreprises actives et une présence accrue à l’international, l’écosystème fintech québécois poursuit sa progression. Mais derrière cette croissance, les signaux de maturité s’accompagnent aussi d’un environnement de financement plus resserré et d’une concentration des investissements dans quelques créneaux clés.

C’est ce que met en lumière le Rapport Fintech Québec 2025, publié par Finance Montréal en collaboration avec Fathom4sight. Ce document brosse un portrait détaillé de l’industrie sur l’année écoulée.

À la fin de 2025, le Québec comptait 294 entreprises fintech, un niveau qui confirme la progression constante observée depuis plus d’une décennie.

Près du quart de ces entreprises ont été créées au cours des cinq dernières années, signe d’un renouvellement continu de l’écosystème. Cette dynamique repose à la fois sur l’essor des technologies numériques et sur l’évolution des besoins des institutions financières et des entreprises.

La croissance se traduit également par une augmentation des effectifs. Les fintechs québécoises employaient près de 95 000 personnes à l’échelle mondiale en 2025, en hausse de 4,74 % sur un an. Au Canada, la progression est plus modeste (+0,96 %), ce qui témoigne d’un certain recentrage des stratégies de croissance vers l’international.

Montréal demeure le cœur battant de cet écosystème, concentrant plus de 82 % des sièges sociaux, soit 242 entreprises. La ville de Québec, avec 16 fintechs, et d’autres municipalités comme Brossard, Laval et Gatineau, se partagent les 36 entreprises restantes, signe d’une diffusion géographique progressive.

La structure des entreprises reste largement dominée par les petites organisations. Les 174 fintechs comptant entre 5 et 99 employés forment le noyau opérationnel du secteur. À l’autre extrémité du spectre, 12 grandes entreprises de 500 employés et plus exercent une influence disproportionnée sur l’emploi total, avec plus de 14 000 postes au pays.

LES PAIEMENTS TOUJOURS EN TÊTE

La répartition sectorielle consacre les paiements comme premier segment de l’écosystème, avec 58 entreprises. Viennent ensuite le crédit (30 entreprises), puis les solutions d’intelligence artificielle (IA) et de données (29). Ces trois piliers concentrent une part significative de l’activité fintech québécoise et structurent une offre orientée autant vers les institutions financières que vers les entreprises.

Le modèle d’affaires interentreprises (B2B) continue de dominer, représentant 57 % des fintechs, soit 168 entreprises. Les modèles orientés vers les consommateurs (B2C) et vers les institutions financières (B2FI) complètent le tableau avec respectivement 78 et 48 entreprises.

Si la composition sectorielle reste ancrée dans les fondamentaux, l’intelligence artificielle s’est imposée en 2025 comme le vecteur d’innovation le plus structurant. Les lancements de produits les plus remarqués de l’année — chez Equisoft, Nuvei, Croesus, Maxa, Botpress ou encore Ready Plan Go — reposent tous sur l’IA agentique, l’IA générative ou la prise de décision automatisée.

LE FINANCEMENT, SÉLECTIF ET CONCENTRÉ

Si l’écosystème continue de croître, le financement, lui, devient plus sélectif. En 2025, les fintechs québécoises ont levé un total de 161,28 millions de dollars (M$), répartis sur seulement 14 rondes de financement.

Cette somme représente environ 6,7 % des investissements fintech au Canada, ce qui illustre un certain recul relatif.

Les capitaux se concentrent désormais dans un nombre restreint de secteurs et d’entreprises. La RegTech arrive en tête des financements, suivie par les solutions de gestion d’entreprise et les technologies liées à l’ESG.

À l’inverse, plusieurs segments, dont le prêt, l’assurance ou les technologies immobilières, n’ont enregistré aucune ronde de financement significative au cours de l’année.

F&A : PRAGMATISME ET CONSOLIDATION

Sur le front des fusions et acquisitions (F&A), le Québec a enregistré 16 transactions en 2025. Les opérations les plus significatives illustrent une logique de consolidation plutôt que d’expansion vers de nouveaux marchés.

La fusion de Home Trust et de la Banque Fairstone a créé un prêteur alternatif de plus grande envergure, tandis que l’acquisition de la Banque Laurentienne par Fairstone Banque, annoncée en décembre, signale un repositionnement profond du paysage bancaire québécois.

Du côté de la gestion de patrimoine, Wealthsimple a acquis Fey, une plateforme montréalaise de recherche en investissement, pour renforcer ses capacités analytiques assistées par l’IA. La Banque Nationale du Canada, quant à elle, a visé l’acquisition de PGM Global Holdings afin de consolider ses activités de négociation institutionnelle.

L’OPEN BANKING, GRAND CHANTIER DE 2026

Le rapport consacre une attention particulière au système bancaire ouvert (open banking), qu’il présente comme le thème qui structurera l’écosystème fintech en 2026. Les évolutions réglementaires attendues devraient favoriser le partage sécurisé des données financières et ouvrir la porte à de nouveaux modèles d’affaires.

Pour les fintechs, cela représente à la fois une occasion d’innovation et un défi en matière de conformité et de sécurité.

Flinks, pionnier québécois du secteur, a continué d’élargir son empreinte. En 2025, la plateforme de courtage en ligne de la Banque Nationale a intégré une fonctionnalité permettant aux clients de lier directement leurs comptes bancaires via Flinks. De son côté, Deck — fondée par les créateurs de Flinks — a levé 12 M$ en série A pour poursuivre le développement de son infrastructure de partage de données.

L’ESG, AU-DELÀ DE LA DIVULGATION

L’écosystème ESG québécois (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) a démontré en 2025 qu’il dépassait largement la simple conformité aux exigences de divulgation. Novisto, plateforme de reporting ESG, a levé 27 millions de dollars américains (M$ US) en série C pour accélérer son déploiement, notamment en Europe. GHGSat, spécialisée dans la surveillance climatique par satellite, a pour sa part obtenu 34 M$ US pour soutenir son expansion mondiale.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a publié en décembre 2025 une ligne directrice sur la gestion des risques climatiques à l’intention des assureurs et prêteurs, imposant notamment des exigences de divulgation, des tests de résistance et l’intégration des risques climatiques aux contrôles internes.

Cette évolution réglementaire ouvre de nouvelles perspectives pour des entreprises comme ÁCARA Climate, OPTEL ou encore Geosapiens, qui développent des outils de modélisation du risque climatique à l’usage des décideurs financiers.

LES STABLECOINS S’IMPOSENT

Le rapport consacre également un volet important aux cryptomonnaies et aux stablecoins, dont la croissance mondiale en 2025 a été qualifiée d’imprévue. La valeur totale des transactions en stablecoins a dépassé 37 billions de dollars sur les douze mois se terminant en septembre 2025, surpassant les volumes combinés de Visa et Mastercard sur la même période.

Shakepay, une entreprise montréalaise fondée en 2015, s’inscrit au cœur de cette transformation. Dans une entrevue accordée aux auteurs du rapport, sa direction affirme vouloir rendre les stablecoins utilisables au quotidien, en les intégrant aux infrastructures de paiement existantes plutôt qu’en les cantonnant à des usages spéculatifs. L’entreprise participe notamment au développement d’un stablecoin adossé au dollar canadien en partenariat avec Tetra Trust.

PHASE DE MATURATION

En définitive, la fintech québécoise poursuit sa croissance, portée par un noyau solide d’entreprises et une capacité d’innovation reconnue. Mais le secteur évolue désormais dans un environnement plus exigeant, où l’accès au capital se resserre et où la concurrence s’intensifie.

Entre consolidation, internationalisation et transformation technologique, l’année 2025 marque ainsi un tournant : celui d’un passage d’un écosystème en expansion à un écosystème en maturation.

Abonnez-vous à nos infolettres

La rédaction