Des plans de retraite « déséquilibrés »

Par Kevin Press | 12 mai 2026 | Dernière mise à jour le 12 mai 2026
4 minutes de lecture
Couple senior assis dans le salon, regardant sérieusement des documents importants.
Inside Creative House / iStock

Les Canadiens ne sont pas préparés aux coûts de santé qu’ils devront assumer après avoir quitté le marché du travail, affirme Zayna Khayat, professeure associée et dirigeante en résidence à la Rotman School of Management de l’University of Toronto.

Dans un épisode du balado Canadian Advisor.cast, la futurologue en santé explique que la combinaison de la hausse des coûts des soins, de l’allongement de l’espérance de vie et d’une perception erronée selon laquelle le système de santé universel canadien est gratuit pourrait laisser de nombreux retraités incapables de faire face à leurs dépenses.

Alors même que le phénomène du « grand transfert de richesse » se poursuit, les conseillers doivent, selon elle, offrir à leurs clients une vision plus réaliste du vieillissement.

« Les Canadiens ne sont vraiment pas préparés à l’ampleur des coûts de soins liés au vieillissement qu’ils devront assumer eux-mêmes », assure Zayna Khayat.

Le Canada est devenu cette année un pays dit « super-âgé », la proportion de la population âgée de 65 ans et plus ayant dépassé les 20 %. Cette catégorie comprend plusieurs pays européens et asiatiques, notamment le Japon, l’Italie et l’Allemagne.

Le National Institute on Ageing a mis en garde contre un « double choc démographique », alors qu’un nombre croissant de personnes âgées nécessite des soins de santé au moment même où le secteur fait face à sa propre vague de départs à la retraite. Les aînés font face « à une pénurie de places en soins de longue durée, de fournisseurs de soins à domicile et de spécialistes en gériatrie ».

L’espérance de vie moyenne dans les pays de l’OCDE est d’environ 81 ans. Les Canadiens qui atteignent cet âge le font rarement sans rencontrer de problèmes de santé en cours de route.

« L’espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années vécues en bonne santé, est d’environ 63 ans », prévient Zayna Khayat.

Cela signifie que de nombreux retraités devront consacrer une partie de leur épargne aux dépenses de santé. Plus ils vivent longtemps, plus ils sont susceptibles de faire face à un problème de santé majeur.

« Nos taux de cancer, d’Alzheimer [etc.] augmentent, simplement parce que nous vivons assez longtemps pour développer ces maladies », explique-t-elle.

DES AVANCÉES MAJEURES

Vivre plus longtemps constitue en grande partie une évolution positive. Les progrès en sciences de la santé s’accélèrent, en partie grâce à l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur la recherche et la prestation des soins.

« Nous sommes à un point de bascule, déclare Zayna Khayat. Certains futurologues et scientifiques estiment que les trois ou quatre principales causes de décès ou de maladie ne seront plus biologiques. Ce ne sera pas la maladie. Ce pourrait être géopolitique, climatique, peut-être la solitude. Mais ce ne sera pas parce que le corps nous trahit. »

Les médicaments de type GLP-1, développés par le scientifique canadien Dan Drucker, ont déjà un impact mesurable sur les taux d’obésité.

À l’avenir, Zayna Khayat s’attend à ce que l’intelligence artificielle (IA) transforme profondément la prestation des soins de santé. Elle souligne trois tendances :

  • des progrès scientifiques plus rapides,
  • des analyses de santé de la population en temps réel
  • et une utilisation accrue de l’IA pour gérer le bien-être individuel.

Mais ces progrès ont un coût.

Les Canadiens sont susceptibles de vivre deux décennies ou plus après 65 ans, et le système de santé sera profondément transformé par le vieillissement de la population. La retraite ne sera pas seulement plus longue, elle sera aussi plus coûteuse. L’ampleur de cette hausse demeure incertaine, ce qui complique la planification financière.

Zayna Khayat a également indiqué que l’accès à certains services de santé pourrait éventuellement dépendre du patrimoine plutôt que du revenu.

« L’évaluation basée sur le revenu ne suffit pas à combler les écarts, insiste-t-elle. Nous allons commencer à tenir compte du patrimoine. »

Cette idée va à l’encontre du principe des soins de santé universels au Canada, mais elle reflète les pressions croissantes sur le financement du système.

Pour les conseillers, cela signifie qu’il faut repenser les discussions sur la retraite, avec moins de certitude quant à l’espérance de vie et davantage d’incertitude quant aux coûts de santé. Les clients qui s’adaptent en épargnant davantage et en travaillant plus longtemps pourraient être mieux positionnés. Ceux qui ne le font pas feront face à un avenir plus incertain.

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Kevin Press

Kevin Press est directeur éditorial de Advisor.ca. Il est joignable à l’adresse kevin@newcom.ca.