Les entreprises misent sur l’IA, mais peinent à former leurs équipes

Par La rédaction | 22 mai 2026 | Dernière mise à jour le 22 mai 2026
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Les entreprises misent sur l’IA, mais peinent à former leurs équipes
Wirestock / iStock

L’intelligence artificielle (IA) transforme les entreprises à grande vitesse, mais les travailleurs peinent à suivre le rythme. Résultat : malgré des investissements massifs dans les outils technologiques, plusieurs organisations ne parviennent toujours pas à obtenir les gains de productivité espérés.

C’est la principale conclusion d’un nouveau rapport mondial de Randstad Digital, qui estime que le véritable obstacle à l’adoption de l’IA n’est plus la technologie elle-même, mais bien le manque de préparation des équipes.

Dans son étude intitulée « Le déficit de compétences en IA : pourquoi les investissements technologiques échouent sans une infrastructure de talents », Randstad Digital décrit un « paradoxe de la productivité ». Les tâches s’exécutent plus rapidement grâce à l’IA, mais les résultats organisationnels n’évoluent pas au même rythme. Les employés consacrent plutôt davantage de temps à superviser les systèmes, corriger les erreurs ou gérer la surcharge de travail générée par ces nouveaux outils.

UN FOSSÉ QUI SE CREUSE

Le rapport, basé sur les réponses de plus de 27 000 travailleurs et 1 225 employeurs dans 35 marchés, montre que les entreprises investissent plus rapidement dans les plateformes d’IA qu’elles ne développent les compétences nécessaires pour les utiliser efficacement.

Cette pression est désormais largement ressentie dans le secteur technologique. Selon les données compilées par Randstad Digital, 74 % des professionnels des technologies estiment devoir améliorer leurs compétences en IA pour demeurer compétitifs sur le marché du travail. Plus de la moitié disent même chercher de la formation par eux-mêmes, jugeant que les programmes internes offerts par leur employeur n’évoluent pas assez vite.

« L’intelligence artificielle d’entreprise n’échoue pas au niveau du modèle ; elle échoue au niveau de la mise en œuvre », affirme Michael Morris, responsable mondial de la plateforme et des talents chez Randstad Digital. Selon lui, accélérer le déploiement des outils sans renforcer les capacités des équipes mène à une accumulation de dette technique et de problèmes opérationnels.

FUITE DES TALENTS

Le phénomène commence aussi à avoir des effets directs sur la rétention de personnel. À l’échelle mondiale, près d’un professionnel sur quatre affirme avoir quitté son emploi parce qu’il ne disposait pas de possibilités suffisantes de perfectionnement ou de développement de carrière.

L’Europe du Nord-Ouest affiche le taux le plus élevé de départs liés à ce manque de développement des compétences, à 30 %, suivie de l’Europe de l’Est (27 %) et de la région Asie-Pacifique (26 %). En Amérique du Nord, cette proportion atteint 24 %.

Les secteurs les plus avancés sur le plan technologique ne sont d’ailleurs pas nécessairement les mieux préparés. Randstad Digital souligne que les investissements dans les technologies dépassent souvent ceux consacrés à la formation des travailleurs. Dans les services informatiques et les télécommunications, par exemple, 75 % des employeurs ont investi dans l’IA au cours de la dernière année, mais seulement 32 % des talents se disent réellement confiants dans leurs compétences en IA et en technologies numériques.

Le rapport note également une montée des inquiétudes chez les travailleurs en milieu de carrière. Les membres de la génération Y, âgés de 29 à 44 ans, sont ceux qui ressentent le plus fortement la pression de se requalifier, coincés entre les plus jeunes générations, déjà très familières avec le numérique, et les travailleurs plus expérimentés.

APPROCHE DE FORMATION

Pour Randstad Digital, les approches traditionnelles de formation ne suffisent plus dans un environnement où les outils d’IA évoluent constamment. L’entreprise plaide plutôt pour une « infrastructure de capacité continue », intégrée directement aux flux de travail et adaptée aux besoins réels des postes.

Cette approche miserait sur un apprentissage personnalisé et accessible en temps réel plutôt que sur des ateliers ponctuels ou des formations annuelles.

Randstad Digital soutient que certaines entreprises commencent déjà à voir des résultats concrets avec ce type de stratégie. Un partenariat dans le secteur aérospatial aurait notamment permis d’augmenter de 56 % la préparation de la main-d’œuvre grâce à une académie numérique sur mesure combinant mentorat, simulations et formation technique spécialisée.

Pour Michael Morris, la question centrale pour les dirigeants n’est plus de savoir combien investir dans l’IA, mais à quelle vitesse les équipes apprennent à travailler avec elle. Selon lui, les organisations qui traiteront le développement des compétences comme une composante essentielle de leur infrastructure technologique seront celles qui réussiront enfin à tirer pleinement profit de l’intelligence artificielle.

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La rédaction